vendredi 18 janvier 2019

Le langage taoïste du cœur


 

Le langage taoïste  du cœur





“ Ouvre ton coeur  ,  laisse parler ton coeur ,  aies ton cœur sur la main, si tu as bon coeur, “dis ce que tu as sur le cœur”,  “choisis ce qui te tient à cœur”, cette ordonnance doctrinale culpabilisante dictée par un  maître  spirituel laisse pantois celui qui ne demande quà comprendre le sens de cette apparente évidence. Tout serait dit, et cependant, rien nest dit comme si cela allait de soi  douvrir une porte secrète sans y mettre une clé ! Pour en comprendre sa manifestation, il semble nécessaire, au préalable de passer par lexpression de son  langage, de  sa logique, et donc de ses implications conséquentes.

Pour un Taoïste, le Cœur est lEssentiel, lExistence même, le fondamental, le fondement du mental.

Le  su wen faisant autorité dans la médecine chinoise nous rappelle son essence.

Il est lIDENTITE. Il est lUnique, incomparable à tous les autres et cependant très semblable. Tous ses gênes, ADN et empreintes digitales sont uniques dans lespèce humaine, inscrites dès la première impulsion électrique, qui va donner le tempo régulier du battement pulsatif du sang. A vie et pour la vie dès les premiers jours de la fécondation du spermatozoïde élu et de lovule choisi, cette Pré-science oh combien subtile, et cependant puissante, in utéro, se nomme  je suis énergie et je viens de loin, je vais vers mon aboutissement. Cette conscience naît dès la première pulsion cardiaque, réalité non encore défrichée par le scientifiques, aussi performants soient-ils. Le cœur du Cœur rassemble dans sa molécule atomique, tous les types dénergies que lon retrouve dans lunivers, dans une orchestration harmonieuse du yin et du yang, pour un devenir et un potentiel incommensurable.
Initialement, il connaît la forme, aboutie et limitée, du corps, dans tous les âges de son parcours terrestre. Transport et véhicule dune palette émotionnelle, de lenthousiasme, à la colère, en passant par la peur ou les anxiétés des manques jusqu’aux  tristesses du non-accomplissement, le MAÎTRE COEUR est le seul à en connaître le sens aigu et  dense : la recherche de son absolu.

IL est L’Âme. Le cerveau et ses infinies connexions, comme tous les autres composants du corps sont à son service, et non l‘inverse.  Il reconnaît, d’une manière parfaite la moindre petite cellule, que son sang a nourrit physiquement et spirituellement, du moindre filament sanguin de l‘œil à la synergie des neurones en passant par la sensibilité complexes des organes sexuels ou l‘alchimie du système digestif. Il ordonne et délègue sa mission, sans en perdre le contrôle, à la rate, aux poumons, aux reins et au foie, dont il ressent et enregistre chaque émotion appropriée, pour parfaire son destin. Mais également, il les fait participer à son enthousiasme dès qu’il en a l’occasion, dans un échange d’énergie, venant de l’intérieur ou de l’extérieur. Cette humeur pourrait bien être l’attention de sa tension, de son projet : garder le contact avec cette pertinence du sourire, témoin d‘une joie indicible. Il identifie l’aorte et l’artère. Sans aucun doute, il perçoit la mesure de la démesure, le juste de l’injuste, il sent le faux du vrai, il a conscience de l’attraction et de la répulsion, intrinsèquement, il maîtrise l’inspiration et la pulsion de son élan vital, il comprend la confiance et la méfiance, il compare l‘honnêteté de l‘imposture, il s‘approche de l‘humilité comme il fuit l‘arrogance, il favorise le bon goût et ignore les mauvaises langues, il manifeste son adhésion à la gentillesse et s’oppose aux invectives et manifestations violentes, il chante sa liberté et désavoue toute aliénation. Il respecte sa dignité et suspecte les faux honneurs, il sourit à l’humour et se protège de l’ironie. C’est inné, il est par essence généreux et chaleureux et recherche la chaleur humaine, qui le réchauffe à son tour, pour rayonner et se donner. Il s’investit dans tout son corps, jusqu’au bout de son mandat céleste. Il suit inlassablement son rythme et son tempo, du premier au dernier souffle. L’affolement, la précipitation, la compétition lui sont donc contre nature.

 Il contient intimement et profondément en lui, lorigine initiatique de toute intuition : son sentiment dexistence, sa connaissance de ce pourquoi il est fait, sa conscience et sa volonté de la garder  claire, sa forme de pensée, sa nourriture qui lui convient. Il est donc le repère par excellence. Cest en ce sens quil est le maître, le SHEN SOUVERAIN. Son expression, son œuvre sera unique.

Tous les cœurs, du trop riche bourgeois parvenu, inondé sous ses biens, au trop pauvre étranger, galérant dans une cité sans espoir, de l’enfant émerveillé au vieillard désabusé, du handicapé au prisonnier, du politicien au fou psychiatrique, de la femme ou de l’homme, tous sont composés sur le même type cardiologique, et pourtant chacun est complètement unique, original, et différent. Il est à ce point spécifique, qu’il sait et reconnaît  instantanément, intuitivement, et radicalement ce qui est de lui, de ce qui ne l’est pas. Physiquement ou psychologiquement, chaque intrusion virale ou verbale mobilise son armée de globules blancs et de système de défense pour anéantir et rejeter cette agression de son identité, qu‘il cajole dans son intimité. À limage du phénomène de rejet dun cœur transplanté, dont les cardiologues tentent de masquer lorigine, avec artifices et dégâts collatéraux pour faire croire à lidentique, le cœur sait ce qui est vraiment de lui. Profondément  fidèle à lui-même, il peut dire  ce nest pas moi çà, létiquette que vous voulez me faire porter ne mappartient pas, je ne me reconnais pas.  Désorienté de sa trajectoire épanouissante, scolaire, professionnelle, relationnelle, il fera entendre son désaccord par différents malaises, maladies ou autres tachicardies. Son sang et ses flux dénergies ne peuvent aller, ni à contre sens, ni à contre cœur, ni  contre nature.

Quelques soient les contraintes, les pressions ou obligations de toutes sortes, familiales ou culturelles, il connaît sa signature, il se reconnaît lui-même et saura se sauvegarder, même dans un profond secret inviolable, inaliénable. Il est fondamentalement libre, responsable et solidaire. Redoutable confiance en lui, sur lequel chaque thérapeute pourrait bien sappuyer, pour que chacun retrouve ses marques très personnelles. Le système de défense est là pour  protéger le coeur. Il est donc absurde de vouloir casser la cuirasse immunitaire, par une pseudo cathartique émotionnelle en gueulant sa colère, en invoquant des résistances qui nauraient pas lieu dêtre, ce qui a pour effet de blesser le cœur une fois de plus. Pouvoir absurde ab-errant, qui ne le détruira pas cependant. Pour un taoïste le cœur est lAuthentique, égal à lui-même, mais il ne sagit pas, pour être authentique, dune évacuation insensée de sa poubelle émotionnelle.

Réceptacle de toutes les sensibilités, il se serre ou se dilate selon les émotions. Dans sa vacuité, il sapparente au vide apparent pour se remplir de qualités yin supérieures, dont la femme, plus que lhomme, pourrait en être la gardienne privilégiée. Pour rejoindre le divin,  qui ne peut se transférer sur un autre être éthéré, extérieur à lui, pour être au plus prêt de sa plénitude, pour célébrer lessentiel de sa magnificence, le cœur a besoin de fêter la Beauté, la Justice, la Bonté, lIntime et la Fluidité des paroles et des événements, fonctions vibratoires qui lui parlent, lémeuvent, et le portent. Paramètres irrémédiablement indispensables pour quil se livre en toute confiance, faute de quoi il se ferme. Le sourire intérieur témoigne de la juste et adéquate connexion  entre sa densité intérieure et lévénement extérieur. Alors, un hymne à la joie peut résonner. Tous les pouls seront harmonisés. La musique mélodieuse, le chant, et singulièrement le chant des chœurs, unifient ces valeurs. Les frissons agréables et les larmes de joie reflètent en écho lénergie et le bien-être de notre organe majeur, ainsi assimilé à un instant de bonheur. Lart de manier les mélodies, en un flagrant contraste à une situation violente, pour apaiser les pulsions destructrices et les transformer est, sans doute, lapanage des vrais gardiens de la paix. Lart et la poésie transcende et sublime, par extension, la compassion et le regard que le cœur se porte à lui-même, et le nourrit en retour.

Pour répondre à ces besoins trois conditions doivent être remplies, d’une manière cohérente :  LE CALME, L’EXPRESSION, LA RECONNAISSANCE.
LE CALME  des gestes et du souffle (internes et externes) vont influencer le bon sens des fluides, et en cascade celui des émotions. L’état de  vacuité, presque silencieux, en dehors du tumulte des passions, va laisser place à la  gentillesse, à la joie et au sourire aux valeurs artistiques et symboliques, signes d‘une humanité, rejoignant une certaine universalité.

LEXPRESSION confortable de son intelligence, synthèse de ses concepts, traduit qui il est, son ciel en quelque sorte. Cette intelligence du cœur est indissociablement liée à l’énergie sexuelle. Organe de feu il recherche l’eau. Il se nourrit de sa complétude. Les parfums de sensualité et multiples orgasmes éphémères le comblent par ses hormones ainsi mises en mouvement, dans la quête de son extase qu’il voudrait absolu éternel. Il est sa propre terre. Sa dimension émotionnelle valorise sa capacité vibratoire de connaissance. En validant ce qui le touche et en acceptant d’être ému, il conduit et affine un mouvement vers son identité et vers l’autre, son miroir du moment, sans lequel il n’existe pas. Réajustement continuel vers son centre.

Le besoin d’une RECONNAISSANCE est sa réalité paradoxale.  Il veut à la fois être indépendant et a besoin de s’entendre dire qu’il existe en tant que tel. Il doit oser se montrer pour être reconnu et cest quand il se montre quil est le plus vulnérable. Volonté et nécessité d’exposer son originalité, par don se soi, sans être compressé, limé, laminé par les rapports sociaux normatifs et violents. Menacé par sa propre plénitude, mise à nue. On peut donc raisonnablement penser que le préalable de lauthenticité est lacceptation de cette vulnérabilité. Logiquement le cœur, se sachant ainsi troublé par sa propre fragilité, se tourne vers ses intimes connaissances, (sa famille, ses proches, ou un être privilégié), pour se garantir une écoute bienveillante. Malheureusement  faute d’un diplôme de “ parentitude ”, le sentiment de rejet, d’incompréhension préparent de nombreux exclus. Il a besoin de ses racines pour se mettre en mouvement dans son devenir, il a besoin de se tourner vers ses ancêtres pour l’éclosion de son propre héritage à transmettre.

On peut donc légitimement se poser la question qui de lintérieur ou de lextérieur, de l’écoutant ou de l’écouté, de lindividu ou du social, qui du vent ou du souffle fera en sorte de créer les conditions pour une communication, de cœur à cœur, sur la même longueur donde ? À l’image du cœur connaissant ses besoins et conditions d‘expression, souhaitons que chaque responsable de communauté puisse fonctionner avec le même soucis de souveraineté.

jeudi 3 janvier 2019

Le Juste Milieu Taoïste




Le Juste Milieu Taoïste


Considérer que le juste milieu serait l'harmonie à atteindre dans tous nos mouvements et actions pourrait porter à rire tellement cette lapalissade  peut paraître évidente dans notre recherche personnelle ou sociale, mais tout aussi incongrue dans l'observation de notre environnement actuel national et mondial. La réalité nous montre bien, la difficulté et la complexité à l'atteindre. Comment rester au centre de nous-même devant les différentes dualités ? Comment garder notre cohérence interne face à nos propres contradictions ? Comment vivre nos émotions et mesurer nos passages à l'acte ? Etre un centre, au  juste milieu, observateur et acteur,  de différents environnements et réalités, telles sont les  réflexions auxquelles nous sommes conviés par la rate-estomac.

La  rate
La rate, l'élément terre, interstice entre chaque saison, lieu de la gestion et de l'organisation de la pensée, a cette conscience interne et profonde de l'équité, de l'égalité qu'il ne suffit pas d'inscrire sur les frontons pour qu'elle existe. Les mouvements sociaux pour un retours à la terre, un  commerce équitable traduisent en même temps un désir de calme mental, face à toutes les agitations et saturations en tout genre, d'un monde fou, et un désir d'équanimité dont on sent intérieurement le bien fondé de ce bon sens. Un nécessaire bon fonctionnement de la terre et de la rate.

La conception de la pensée, qui s'inscrit dans la rate, passe par une gestion de la parole, le chi de la parole va mesurer la réflexion et les sensations dues à l'effet de celle-ci sur autrui. Le contrôle du souffle et de la salive y contribuent « tourne ta langue sept fois dans ta bouche avant de parler » dit le dicton populaire. Apprendre la force de sa parole et de son débit pour se faire entendre pourrait bien être le premier élément de base de la non-violence. Le veilleur de la rate-estomac est sans cesse en train de mesurer ce qui rentre et ce qui sort, aliments, paroles, air. Le juste milieu n'aime pas les extrêmes et relie les apparentes contradictions.  Ce diplomate saura combiner les plans avec sagesse tout en analysant les tenants et aboutissants  en profondeur. La parole juste porte beaucoup plus que les dérives verbales.  La digestion et la gestion du dit ont des points communs. Les discours comme la nourriture vont être dilués et malaxés pour être compris, organisés et dispatchés. L'appréciation des conjonctures et son adaptation aux temps et aux circonstances construiront la pensée. La matière grossière se transformera en information subtile. Pour autant, on doit tenir compte que l’on n’est pas pour grand choses dans l’émergence de la parole : pourquoi cette parole la, ces mots la, en ce moment ci face à cette personne là ?




Le milieu de l'entre deux
En bien des circonstances il nous est demandé de choisir entre une situation et son contraire ou son opposé. L'équilibre de la pensée-terre n'aime pas cette clause d'un langage et d'une pensée binaire. La troisième alternative de cet entre-deux rend cet espace beaucoup plus satisfaisant, pertinent, fécond et donc créateur et unificateur. Plus qu'un compromis, il s'agit d'une nouvelle manière  d'être et de voir les choses, la pensée ternaire.
L'espace du vide entre deux pas dans une marche donne le mouvement, l'entre deux des cuillérées compose le repas, la limite de la flamme d'une bougie et l'air, donne la lumière et chaleur, le silence entre deux pensées transmette la consistance du discours, le tempo entre deux actions permet de retrouver son souffle. La combinaison de deux réalités en nomme une troisième.
Ni trop, ni trop peu  pourrait être la devise de cet équilibriste. Parler sans trop en dire ne veut pas dire se taire. Entre le jusqu'auboutisme ascétique qui va jusqu'à la dénégation des besoins essentiels du corps et le débridement d'une sexualité marchande; la recherche d'une qualité de vie a toute sa place.
Cet éclairage  de la juste mesure pourrait donner une autre luminosité à notre terne quotidien.
Ni 35 heures, ni 72 heures (ou plus) mais à chacun son effort et son rythme,
ni anonymat ni ouverture sans défense, mais le respect et la réserve,
ni zapping relationnel ni engagement à vie, mais un contrat temporel toujours à renouveler,
ni inévitablement individuel ni obligatoirement collectif, mais un va et vient constant d'énergies constructives dans un apport mutuel,
ni esclavage au travail dopé ni aliénation du chômage dépressif, mais une écoute de ses pulsions créatives,
ni trop vite (accélération) ni trop lentement (stagnation) mais la fluidité qui suit les cycles,
ni trop de sommeil, ni trop de travail, mais respect de l'alternance qui donne un sens,
ni l'ennui de l'inactivité, ni l'attente douloureuse de quelque chose qui ne vient pas, mais l'accueil actif de ce qui est,
ni complaisance morbide dans un passé qui ne peut se refaire ni désenchantement devant un avenir que l'on ne maîtrise pas, mais tirer parti des leçons du passé pour construire sa responsabilité, un ici et maintenant en devenir,
ni l'étouffement des émotions, ni le déversoir impudique et violent à tout moment, mais une gestion de ces énergies qui permette un enrichissement personnel d'une conscience toujours plus lucide,
ni seulement yang ni seulement yin mais le mouvement de la vie.
Loin de nous déclencher des angoisses devant le nouveau et l'inconnu, cette  forme de lecture, rappelée par la fonction de la rate-estomac, nous accorde à notre bien-être intérieur. Chaque réalité duelle peut ainsi être visitée dans le souci de l'équilibre, de l'harmonie.

Le milieu de l'entre  trois
Le juste milieu évoque également une autre dimension, celle d'être au milieu des trois foyers, le foyer supérieur  habitacle du schen de la conscience d'être soi, et qui inclut la tête et le cœur, centre privilégié de l'intelligence et l'intention; le foyer moyen, le lieu du chi qui englobe poumons, foie, rate, abdomen, centre privilégié des émotions ; le foyer inférieur référence du jing qui anime les reins, le bassin et les quatre membres, centre privilégié de l'action. La dynamique du juste milieu voudrait que ces trois foyers, composants la personne humaine, se réalisent dans toute leur potentialité mais, en même temps et non pas, un élément au détriment des deux autres.  Ce qui nous autorise à concevoir  dans une  Unité, la vision de l'enrichissement mutuel du cerveau, des émotions et de la sexualité.
On voit mal un savant restant dans sa tête sans communiquer son savoir et sans que celui-ci passe par l'émotion de la joie de le partager...Il peut en devenir fou tellement il crée une énergie inutile. On n'accorde pas non plus crédit à l'hyper-sensibilité émotionnelle qui en oublie son intelligence ou qui exploite sa focalisation émotionnelle pour ne pas agir. Le plus gros chiffre d'affaire vampirisé par l'action et l'appât du gain devient vraiment insolent et désuet quand  sa logique lui fait perdre sa raison et sa liberté et qu'il dessèche son cœur, il perd  son humanité et celles des autres, comment un être intelligent peut-il être inhumain ?
L'unité de ces trois foyers, conscience, émotions, action va guider  la perception de l'être, du singulier au pluriel. Construire son oeuvre, construire et « faire » l'amour, construire et fluidifier le collectif  : Du Un ,il fait le deux et engendre le trois. L'humain, la solidarité, l'environnement. La personne ne peut être réduite à n'être qu'un travailleur (action) ou qu'un consommateur (guidé par l'émotionnel) ou qu'un aspirant religieux (spirituel). Les trois facteurs doivent être passés au crible du juste milieu dans l'unité. L'erreur de ne retenir qu'un élément entraîne dérives et dysfonctionnements pathologiques de l'individu, de la société, de l'environnement.


Le milieu de l'entre  cinq

Le juste milieu évoque aussi la résonance d'un centre au milieu  des cinq émotions essentielles : colère, haine, soucis, tristesse, peurs. La variation des humeurs est en quelque sorte normales. Ce sont les excès répétés dans l'intensité ou dans la durée qui stigmatisent l'aspect pathologique. Dans ce cas, la certitude intérieure que les bornes sont dépassées, voudra ramener le mental à plus de quiétude. Se tenir au centre de ces fluctuations est bien sûr un de nos défis de notre humanité. Une présence à sa conscience.
Une réponse juste se manifeste au-delà des émotions mais ne peut se passer d'elles. Comme l'inter-saison, la rate, la pensée intervient dans l'entre-deux des émotions contrastées, pour en mesurer les trop pleins et les trop vides, ce qui est nourrissant de ce qui ne l'est pas dans l'apport émotionnel. Intuitivement elle connaît la différence entre chaque émotion comme elle sait différencier les saveurs. Comprendre la cause d'une bousculade émotionnelle permet une régulation. Mais tant que les mots n'ont pas pris corps, l'énergie se manifeste à l'état brut. La succession de charges émotionnelles, sans arrêts est très épuisant et douloureux, la stabilisation relative, toujours en mouvement et en quête d'équilibre, réorganise le flux de l'essentiel. L'intégration d'une émotion ne peut faire l'économie du temps. La valeur du silence, la respiration lente, la retraite, favoriseront l'apaisement des émotions, qui ne peut être confondu avec leur anesthésie, retrouvent alors tout leur sens. La quiétude mentale se reconnaît comme le repos physique, ça fait du bien quand la tempête s'arrête !
Mais là encore, il conviendrait que le juste milieu ne soit ignoré : l'ermite devrait revenir dans la vallée où il a le devoir de retransmettre ce qu'il a compris de  cette prise de recul. Il n'y a pas d'aller sans retours.

Le milieu  de l'entre  huit

Le milieu juste, la parole juste se nourrit également de sa position de centre au milieu du paqua, huit forces symbolisées par  des signes (un grand trait pour le yang et deux traits pour le yin) dont l'adjonction transmet une nouvelle signification transmise et initiée dans le Yi King. Ces forces se retrouvent dans la nature comme dans le corps et le psychisme, l’eau, le feu, le tonnerre, le vent et le bois, la terre, le ciel, la brume, la montagne. Le tant tien en dessous du nombril,  lieu de recentrage, de concentration de ces énergies,   accordera l'intérieur individuel et l'extérieur relationnel au diapason de la juste force. Le soliste donnera la force adéquate à son chant à partir de ce centre, comme devrait être mesuré chaque relation.
Le développement personnel pourrait bien alors consister en l'observation des forces en présence, le ressourcement d'énergie nécessaire dans ce lieu du Tan Tien, l'intégration de ces dualités (créativité et disponibilité -intériorisation et vivacité – profondeur et rigueur -impulsion et endurance) et l'expression mesurée de son souffle dans un passage à l'acte transformateur de son environnement.

le milieu  du multiple
Tiraillé entre le respect de la puissante pulsion de son élan vital, la tension pour garder son rythme, et la confrontation aux pressions extérieures, chacun  va rechercher sa cohérence interne.
Le juste milieu nous ramène à notre humble pouvoir, dans un réseau d'interconnexions, relationnelles, événementielles, incitant multiples variations d'humeurs, dans un faisceau de synchronicités, dans des poussées d'énergie en continuelle transformation. Le juste milieu est une invitation à rester en contact avec notre unité profonde et à comprendre que l'autre est en tout point semblable quelques soient les latitudes. La vacuité et le silence affinent le respect de soi-même. C'est sans doute en ce milieu que le juste social peut trouver du sens.


samedi 8 décembre 2018

LES REINS : Force de Vie, Fondements et peurs


  
LES REINS :
Force de Vie,
Fondements et peurs

Comme pour les quatre autres organes, l’aspect psychologique des reins prend forme d’une manière parlante, il se révèle, se manifeste, par les fonctions et par la qualité énergétique, identifiées par le « su wen ». Les similitudes avec le corps social, ne sont pas qu’un pur hasard.
Lieu d’excellence du Yin, Le Shaoyin au sein du Yin, les reins ont cependant la charge de susciter la vie, la puissance, la concentration, la densification des os. Le centre de gravité et le sens de la gravité focalisent leurs essences familières. Le grand Yin qui accueille le futur grand Yang le potentiel de la personne dans sa recherche d’absolu, dans sa constance unique dans la durée.
Peur de la vie
Grands gestionnaires de l’eau, de la fontaine aux nappes lymphatiques en passant par les chutes de larmes, les puits de salives, les débordements des ruisseaux de sueurs, les courants de spermes ou les glaires dans la grotte vaginale, ils rayonnent dans leurs connexions directes avec les forces vives, générateurs du devenir. Ils sont l’assise puissante de l’idée, l’ancrage des dispositions et des intentions, la référence du durable, la pérennité du collectif, et des générations. Vie tellement impressionnante et puissante (l’expression de la vie utérine en est un exemple) qu’elle peut faire peur, par sa force, tant au début de la vie sexuelle qu’au début d’une relation amoureuse ou au début d’une oeuvre créatrice, à tel point que certaines religions ont trouver le moyen de l’étouffer au nom du sacré ! L’émergence du vivant inconnu peut s’apprivoiser, laisser vivre sa force, en paix, peut s’apprendre : la philosophie Taoïste pourrait être un de ces lieux d’apprentissage.
Associés à l’hiver, ils sont les prémisses du printemps. L’hiver n’est pas la mort. Les reins sont l’assise puissante de l’idée, l’ancrage des dispositions et intentions, la force de dire ce que « les tripes » veulent dire. Expression du vouloir, du passage à l’acte, du vouloir vivre, du maintien de la projection de tout ce que le cœur reconnaît comme fondamental et vital.
Associés aux oreilles ils nous parlent de la retraite active, de méditation, Mais aussi du renforcement structurel d’une maturation : paroles reçues, pensées, pérennité de son œuvre, colonne vertébrale de ses projets ou bassin de tous les possibles. Les oreilles sont sur le visage un peu en retrait. Comme si pour agir, la prise de recul de l’écoute faisait valoir sa discrète priorité pour mieux voir, sentir, goûter les choses. Au fond « écouter le mouvement », signifie la synthèse du devenir en saisissant la trajectoire du passé vers l’avenir. Ce mouvement va-t-il dans le sens indiqué par « Ming men » porte du mandat céleste et le Tan Tien inférieur, concentration de la propulsion énergétique ? Savoir écouter son mouvement ou aider un(e) partenaire, une population à le saisir, dispose et compose le naturel : acte thérapeutique en soit.
Cependant une chose est d’écouter le mouvement, une autre est de considérer l’aisance de sa fluidité, critère d’une bonne harmonie, dans les relations, dans les rencontres, dans les négociations, dans les constructions et réalisation de projets. La simplicité, la facilité, l’économie d’énergie, l’arrondi, à l’instar des reins et de l’eau devraient guider l’action. A l’inverse, les obstacles, les complications, l’usure, la fatigue, le bruit des armes, avertiront bruyamment les oreilles d’une position inadéquate. Le cycle du repos et de l’action, donne du sens à toute activité, révélateur du bon sens des reins. Refuser cette base use prématurément la vie. Renforcer les reins va dans le sens de la sécurisation de la vie. Par contre les reins portent directement les stigmates de la pollution de l’eau. Les eaux engorgées de nitrates cassent les os, eux aussi associés aux reins. « Casser les reins » comme polluer les eaux, loin d’être une preuve d’écoute équivaut à casser un mouvement, la vie, tuer l’avenir. Les rapports de force ne sont pas conformes à la fluidité, et cela reste pourtant le langage courant des « négociations « à quelque niveaux que ce soit.
Le paradoxe des reins
Les reins ont en quelque sorte une fonction paradoxale. Ils savent consciemment, instinctivement l’endroit de l’envers. Ils nous donnent à lire la nuance, le sens des frontières subtiles. Et bien que l’on attribue habituellement la valeur du discernement aux poumons, les reins se l’approprient également. Ils maîtrisent le distinguo entre la matière et le subtil. Responsables de l’anus et de la vessie, des testicules ou des ovaires, ils font cohabiter dans la proximité, la vie et la mort, l’absurde et l’absolu, les ascendants et les descendants, l’antérieur et le postérieur, l’éphémère de l’orgasme et la durée de son œuvre, les petites séparations et la cohérence de vie, le clair et l’obscur, la purification et la régénération, l’évacuation et la retenue, « l’usine des tris sélectifs et l’assurance vie », la dopamine et l’adrénaline, le lieu du plaisir et le contact avec les dangers, le va et vient entre la retraite et l’action.

Vie de la peur
Le vide d’énergie des reins provoqués par un danger interne ou externe peut entraîner des dégâts considérables. Les reins étant liés à la vie, tout ce qui menace la vie les blessent, et les mettent en alerte. Devant un danger la fuite, (action rapide des reins) s’avère être la meilleure solution. Loin d’être honteuse, elle est souvent un acte salutaire. Il est souvent plus sage d’esquiver une situation que de mettre sa vie en péril. La retraite choisie est plus facile que la retraite subie.
Quand la peur s’est installée ou est induite d’une manière constante l’affolement est au rendez-vous ! L’énergie de cet être part dans tous les sens ou pire, n’est plus attachée à rien. C’est une forme d’errance qui va aggraver le vide des autres organes. Il s’en fou parce qu’on le rend fou. N’ayant plus d’attache, il perd ses racines et le repères de ses ancêtres. Il n’a plus rien à perdre et est capable de tout, comme le vagabond ou le suicidaire (sous quelque forme que ce soit, même sous l’anonymat du kamikaze) : ils adoptent le même langage - le dégoût et le dépits, le désabusé des abusés, le déni, la mort. Cette observation peut faire malheureusement écho à notre quotidien actuel.
La peur est donc la coloration particulière des reins et cette coloration a plusieurs spectres étendus et nuancés selon l’organe voisin concerné. Quand les reins seuls sont impliqués, il s’agit alors d’une maladie de l’écoulement des eaux : dysfonctionnement grave. L’énergie va encore plus vers le bas, la blancheur accompagne la peur. Dans ce contexte on retrouve la peur de la mort, peur de perdre la vie, peur de la maladie, des accidents, des agressions, peur de vieillir, peur d’une atteinte à son essentiel (habitat, vêtement, nourriture) L’abaissement de l’activité, perte de mémoire conforté par l’absence de rituel des morts entraînera la perte du sens de la lignée. Le non respect de la vie annihile la volonté d’agir. L’abandon devient la règle. Le vouloir est atteint « et quand le vouloir est atteint, on ne peut même plus se souvenir de ce que l’on vient de dire, les lombes et l’épine dorsale ne peuvent ni se pencher en arrière, ni se plier, ni se redresser…On donne tous les signes d’une mort prématurée. Sous l’effet d’une peur ou d’une crainte dont on n'arrive pas à se libérer, alors se produit une atteinte aux essences. » Su Wen
Quand un organe voisin prévient et signale aux reins un vide d’énergie, la peur aura une autre densité :
-la rate transmettra la peur du manque, du détournement de l’information, de la confusion, de la folie par manque d’organisation de la pensée, peur de l’étrange par manque d’information, peur de perdre son avoir.
- le cœur suscitera la peur de perdre son identité propre, son âme, peur de plaire ou de déplaire, peur de se donner.
- le foie dégradant la confiance en soi, informera les reins d’une peur de ne pas réussir, de ne pas être à la hauteur, de ne pas avoir d’imaginaire ou de solutions, mais aussi peur de l’autorité (les reins ne font pas confiance au foie), peur des croyances, peur d’être atteint sur son territoire, peur d’oser.
-les poumons négocieront mal la peur du changement, de la nouveauté, peur de dire, peur de prendre sa place, peur de se montrer, mais aussi peur de l’intrusion, peur du dévoilement d’un secret, ou peur de ce qui est caché ou occulte, peur de perdre sa liberté.
Manipulation de la peur
Manipuler l’épouvantail n’a jamais fait pousser une plante, manipuler le nucléaire n’a jamais purifier l’eau, manipuler la peur dans les cités n’a jamais fait entendre la vie ! Manier la peur pour manier une foule, affoler les reins est une arme redoutable puisqu’elle conduit à des comportements de révoltes, de sauve-qui-peut ou de suicides.
Quelles sont les corporations, laborantins de la mort qui ont intérêts à ce qu’il y ait des apeurés terrorisés, peut-être ceux là même qui sont tenaillés par leur propre peur ? A vouloir agité les dangers réels ou imaginaires pour focaliser sur un ennemi virtuel ou effectif on crée la paranoïa, pas la sécurité, puisque de ce fait on appauvrit encore plus les reins sans leur donner la force de la solution de l’écoute du Yin. Le raisonnement permettrait de conjurer cette peur : le langage sécuritaire « sécurisez-vous, protéger- vous, le danger est partout », n’est pas sécurisant et ne peut être considérer comme une écoute. On crée le besoin de se sécuriser en paniquant, pour le bénéfice de pseudo-sécurités : la sécurité essentielle étant la construction de son être et de son oeuvre. Le contre sens n’a jamais donné du sens. Les passages à l’actes risquent, alors, d’être fortement dénués de sens, insensés, affolés.
Stratégie face aux peurs
-L’identification et le discernement de la coloration des peurs, aidera à déterminer quels sont les organes en cause et de ce fait permettra d’en définir le besoin et d’assumer une résolution raisonnée.
-L’écoute de son mouvement initial et originel, dans sa fluidité peut montrer les déviances du flux de l’énergie, condition pour la ramener « dans le droit chemin ».Vers quelle action les reins sont-ils déterminés (détermination et fermeté n’étant pas à confondre avec violence).
-L’écoute de son grand Yin intérieur qui fait le fondement, l’essence de son être « le jing », et laisser développer l’émergence, le potentiel en l’accompagnant, serait la première méditation active, avant ou après l’événement pour en atténuer les effets, et annuler la redondance.
-Chaque effort physique ou mental pour consolider les reins seront un renforcement sécurisant.
-Le choix personnel de la constance, de la cohérence, autant que faire se peut, dans toutes ses actions, l’économie d’énergie plutôt que sa dilapidation (en toutes situations) nourriront le vouloir des reins. Ils nous invitent à vérifier le pourquoi et le comment de notre dépense d’énergie.
-L’écoute de la peur d’autrui (individuel ou collectif) permet de débusquer la part de l’imaginaire et du réel, pour en démystifier l’impact. La mesure d’un effet d’annonce d’un danger réel imminent est autre chose le matraquage informatif d’un danger fictif, celui-ci induit la paranoïa.
-L’apprentissage de la maîtrise de l’énergie de vie, l’harmonisation de sa respiration, le refus de la compétition confirmera l’acceptation confiante du changement (les poumons nourrissent les reins) comme processus évolutif naturel.
-La défense de l’eau potable, entretient et favorise par voie de conséquences le travail naturel des reins et des actions sereines, des vouloirs dans la durée. La pollution tue la vie.
-La construction dans le plaisir et la joie plutôt que sur la réserve défensive conforte la pérennité d’une action.
Puissions–nous être aussi confiants et fidèles en nos reins qu’ils le sont dans leurs fonctions !
Haut du formulaire

mercredi 21 novembre 2018

Le temps du stress et de la fatigue vu par un taoïste


Le temps du stress et de la fatigue
vu par un taoïste




Les variations climatiques contrastées dans leurs localisations et dans leur ampleurs sollicitent grandement les corps. Plus que le simple stress devant un danger imminent sur lequel on pourrait avoir un effet par une bonne gestion, le sentiment d’une impuissance devant un danger qui devient durable crée une peur sournoise et induit un défaitisme. Le mal serait déjà fait, puisque même les politiques n’y pourraient rien ! Et la politique du sauve qui peut, ramènerait à un égoïsme ou à une surenchère des assurances en tout genre. Ce stress de l’adaptation nécessaire du corps, à ces variations climatiques répétées et accélérées, par ces temps qui courent, est de fait révélateur d’une angoisse plus insidieuse : La précipitation des catastrophes dites “ naturelles ”, la mise en œuvre de violences destructrices en tout genre, volontaires ou non, ne cessent de faire peur. Le journaliste guidé par son audimat et son chronomètre se  plait à en faire l’écho.

La responsabilité de ces dysfonctionnements en incombe à l’homme et non aux dieux vengeurs. Guérir le mal à sa source, supposerait une compréhension du lien d’interférence entre la nature, le corps social et le corps humain.

L’Obsession de la vitesse, conduite par la peur du manque et la volonté du pouvoir à tout crin, crée la précipitation des énergies et provoque  fatigue, stress et  peur. Le temps (chronomètre) agirait sur le temps (météo). 

Deux mots “ obsession ” et “ vitesse ”  tous deux liés à des organes. La philosophie taoïste nous apprend que le propos, la pensée juste ont leur siège dans la rate-estomac, quand l’énergie est en manque ou en excès,  le soucis devient obsédant, la pensée devient trouble. Les stockages dans le grenier et épargnes en tout genre  focalisent la peur du manque et la peur du vol. Une panse trop pleine trouble sérieusement la pensée. Des greniers trop pleins encombrent l’intelligence collective.
La volonté d’acquisition du territoire et de l’avoir, avec force et rapidité, reliée au foie, normale pour une part, devient pathologique quand elle est sans limite, quand la surabondance ne peut même plus être redistribuée, saccagée à peine récoltée, dans une révolte de l'augmentation des prix.
 La mobilisation du mouvement tient son origine dans les reins, et donne la capacité de récupération,  quand ceux-ci n’ont pas le temps de souffler (avec une référence aux poumons), la fatigue est au rendez-vous, quand elle est répétée, elle épuise sa fonction et atteint même la force sexuelle. Les reins subissent une course après le temps, sans la capacité de récupération, et de ce fait affaiblissent la fonction du cœur.

La boulimie dévorante des actionnaires des grandes entreprises, avec la complicité de leurs “ contre-mètre-heure ”, compose la pression sur l’atmosphère météo, à en faire craquer l’ozone, qui, en  cascade, essouffle les reins. Les décisions prises après un copieux repas d’affaire, donc issue d’une pensée surchargée, ne sont pas forcément des preuves de lucidité. Les reins, courant après la course, fatigués de ne pouvoir récupérer agissent directement sur la réduction de la sexualité, énergie vitale - castration chimique pouvant aller jusqu’à des vagues de suicides, les reins s’assèchent comme les rivières. Les amygdales, miroir des reins, transmettent leur peur d’étouffement à la thyroïde, jusqu’à l’extinction des voix, y compris celle des électeurs. Celles-ci compressées, invitent l’hypothalamus et à participer à leur propre étranglement en déréglant les pendules intérieures. La chronobiologie des organes et de leurs méridiens, correspondant à des cycles de deux heures, s’en trouvent très perturbés, au même titre que les saisons. Comme le reconnaissent les vrais initiés de la nature, les arbres fruitiers ne savent plus reconnaître le printemps, les abeilles perdent le nord tout comme l’humain perd le sens de son existence.

Pression, compression, oppression, dépression du corps humain, du corps social, de la nature. Ne pas être à sa place, ou devoir répondre à une demande démesurée ou inadaptée pour l’exécution d’une tâche, soit en quantité soit en qualité, dans un laps de temps le plus restreint possible, d’une manière constante, avec le maximum d’efforts, menaces insécurisantes, forment l’agrégat du stress.

La fatigue, loin d’être une fainéantise, devrait être entendue comme un signal fort, signifiant que l’ordre des choses n’est pas respecté, et la personne humaine encore moins. Certains le savent, la fatigue peut être utilisée comme instrument de torture. Le respect de soi, et donc des autres, commence par l’écoute de sa fatigue, pour  y remédier. La violence du mépris de cette évidence humaine n’a rien de sain. Les perturbations du foie et de la rate-estomac sont bien connu en médecine chinoise, comme pouvant être la cause de désordres mentaux  très graves.

A l’heure actuelle, tout se passe comme si la seule intelligence sociétale consistait à ne fonctionner que sur un plan horizontal, sur l’axe Foie - Rate, en tenant pour obsolète la dimension verticale : l’existence du cœur avec l’essence même de la personne, des reins avec sa sexualité, des poumons avec sa force de transformation.
Et le fait de courir après le macrocosme ou le microcosme ne donne pas davantage de sens à cette verticalité.
Ce dialogue foie-- rate-estomac, dans le contexte actuel, aboutit, par ordinateur interposé, à une complicité aberrante et à une mégalomanie délirante. Les conséquences, pour le reste du corps n’en sont que plus perverses  et pernicieuses.
Comme si le foie et ses assesseurs (pouvoir, expansion économique, et armée), la rate-estomac et ses assesseurs (échanges des greniers et des héritages acquis, pouvoirs bancaires et dictats des chronomètres) trouvaient leur jouissance au détriment de l’essentiel.
Le danger des  gros contrats et marchandages exclusifs entre foie et rate-estomac excluent forcément les autres membres du corps, violent la nature sans tenir compte des saisons.
Dans le sens rate –foie, on aboutit à l’abondance des rêves et des illusions
Dans le sens foie-rate, on aboutit au désir de devenir le plus obèse du monde, associé au désir de toute puissance.
Ce système va trouver une fausse verticalité déplacée. La pression  du petit ou du grand chef va se répercuter sur le plexus solaire du subalterne, qui, en verrouillant son estomac, et s’interdisant sa parole et donc en annihilant la vie de son cœur et des ses reins, transposera lui-même cette pression sur sa famille. Colères, frustrations, abstinences sexuelles et autres maladies, seront le lot de sa soumission. L’énergie ne circule plus comme elle le devrait.

C’est toute la nécessaire et indispensable chaîne verticale des autres parties du corps CŒUR, POUMONS, REINS, CERVEAU, ainsi que leurs fonctions et leurs interactions qui est blessée, escamotée, mutilée.
Le contact du méridien conception ne semble plus exister. L’adéquation entre le dire (bouche) et le faire  (bassin) n’est plus concordant. Les relations dans leur ensemble n’assument plus la cohésion sociale. Sans contact avec le cœur l’hypocrisie remplace l’authenticité. Le cynisme remplace la concorde, l’aveuglement (excès d’énergie dans le foie rend aveugle) remplace le discernement. Le discours collectif ne reconnaît plus la créativité individuelle. L’esprit, le shen, l’âme du cœur, l’essentiel existentiel est ailleurs, c’est donc l’errance mentale.
De plus, en reniant l’existence de cette donnée fondamentale de verticalité, ces prétendus savoir-faire ordin-adorés relèguent ces liens vitaux dans des zones occultes. Les religions pseudo - illuminées par leurs guerres au nom du bien, et leurs branches associées s’occuperaient du haut pendant que les systèmes mafieux s’occuperaient du bas. Pour un peu la statistique des ulcères à l’estomac des uns correspondraient avec la dépression des autres.

 Les quatre actions suivantes pourraient alors devenir un plan de restructuration.

Lien du cœur et des reins
L’énergie verticale du cœur et des reins méritent une noble transformation par les poumons. Chaque organe est nécessaire. Le cœur a cependant une place privilégiée, les autres sont à son service en quelque sorte. La complétude est grande entre le feu du cœur et l’eau des reins. Dans un devenir en mouvement, chaque être, chaque pensée, chaque activité suivent un rythme propre : origine et gestation, éclosion et essor, mûrissement et récolte, réserve et enfouissement. Chaque être devrait faire vivre sa dimension verticale et horizontale dans un devenir et se faire respecter en respectant le lien de ses organes. 

Respect du rythme de chacun.
Le respect du rythme de chacun  peut-il être légiféré ? En ce sens, le débat sur le nombre d’heures de travail a été largement faussé, puisque il n’a pas été tenu compte de la fatigue, qui est très variable selon les individus. Le rythme cyclique, la chronobiologie, l’alternance activité-repos, la manière d’inscrire la  créativité individuelle dans l’ensemble collectif n’ont pas eu leur place. Le respect du rythme de travail selon les saisons relève du bon sens : on ne fait pas les mêmes travaux au printemps qu’en hiver. Le corps ne réagit pas de la même manière. Quand les cœurs, poumons et reins seront respectés comme dimension indispensable du corps, du corps social, les saisons et l’horizon seront plus sereins.

Respect de sa fatigue
 La fatigue devrait s’inscrire comme élément indispensable de régulation de l’activité, tout simplement pour mettre en forme, le sens. Les contremaîtres devraient facilement trouver une reconversion en bon gestionnaire de l’alternance activité-repos, gage d’efficacité ! On ne peut tirer sur un poireau pour le faire pousser plus vite. On ne peut indéfiniment tirer sur son corps sans le casser.
Une analyse de la cause extérieure du stress et une volonté de faire circuler son énergie intérieure  permettront une plus grande fluidité dans le corps et donc dans les relations. A chacun de trouver, parmi les techniques très variées, les moyens avec lesquels il se sent le plus en affinité.

La compétition, dans tous ses ordres et déclinaisons, pourrait bien être le poison insidieux et sournois du plus bel humanisme, fût-ce t’il démocratique. Le progrès ne peut être arrêté, mais chacun, à sa mesure peut faire le nécessaire pour ne pas de suivre un processus destructeur.

Décélération
La paix intérieure ne peut s’acquérir, ni dans l’agitation, ni dans la précipitation, ni dans l’accélération, elle se rencontre dans le ralentissement de la pensée et la prise en compte du rythme naturel, du souffle et du battement du cœur. Les temps de solitude choisie, et non, subie, la méditation, le retour sur soi dans une pratique quotidienne et ritualisée marqueront le contraste de la sérénité  intérieure et de la précipitation extérieure.
La paix entre les peuples rejoint cette condition. Elle ne peut se retrouver que dans un processus volontaire de décélération.