samedi 7 novembre 2020

  

Du Passage à l'Acte au Non-Agir

 

Tonnerre de Dieu !

  

Passage à l’acte du ciel, se désencombrant d’une tension électrique énorme, de nuages lourds chargés de noirceurs humides, de polarités incompatibles ;  pacte  entre le ciel et la terre, déséquilibré, dénaturé ou rompu, le tonnerre pourrait bien symboliser nos passages à l’acte d’humains. Éclair du sombre et du clair. Chaque jour nous sommes confrontés à des passages à l'acte d'intensités variables, de diverses natures. Ils font appel à des affects très différents. Observons quelques unes des composantes du passage à l'acte à travers la philosophie taoïste, du plus violent au plus subtil.

 

Passage à l’acte, le «  mal » aimé

En occident, le passage à l'acte a une connotation négative et répréhensible  « L’acteur » passe outre un interdit, transgresse une loi humaine dictée comme souveraine. Le passage à l’acte n’a pas la même valeur selon que  l’on se situe du côté de la société ou du côté de l’individu. Les tribunaux, au nom du vivre ensemble dans la société, fustigent le passage à l’acte violent sans pour autant en saisir tous les  fondements de la composante psychique. La loi serait supposée contrôler les actes insensés.  Comme si la loi par son seul fait d’exister suffisait à supprimer tout passage à l’acte violent. Les prisons sont pleines « d' artistes » fous du passage à l'acte.

 

L’analyse psychiatrique semble aussi dédouaner la société quand l’acting'out est décrypté comme le fait de la seule remise en cause de l’individu, par l’économie d’une symbolisation, de son intolérance à la frustration, d’une fragilité du moi, absence de maîtrise des pulsions. Ce terme frustration peut trouver un écho dans la manifestation de l’enfant roi  tout puissant « qui veut tout, tout de suite, et rien que SA volonté » sans limites des passages à l’acte colérique. Il est seulement à l’image d’une société qui a fait le choix du tout consommable sans limite, de l’exigence égoïste « du rien que pour moi. » Mais cela ne tient plus quand frustration serait la justification de limitation de la pauvreté, ou de la soumission, de la non-réalisation du moi, comme s’il suffisait de symboliser, d’accepter la frustration, la castration et la mort, pour que les choses soient réglées. Cela ne peut devenir une référence en soi. Mais au départ pourquoi cet individu n’a pas pu apprendre les fondements même de sa réalisation?

  Ce n’est pas le lieu ici, de faire  l’étude de toutes les motivations et de la complexité mentale qui pousse quelqu’un au crime, à l’inceste ou à la pédophilie, actes réprimandés par toutes les sociétés, mais sommairement on peut admettre qu’il s’agit d’un cri de sa non-existence, d’une non-reconnaissance, perte d’identité, perte de sa perception corporelle et de son appartenance à une collectivité, absence de lien du cœur avec les autres organes, rapport parentaux défectueux (père absent et mère abusive). Et là où nous en sommes, nous ne pouvons que constater les dégâts d’une non-prise en charge éducative du respect de la vie.

 

 Sans issue ou sens de l’issue

Entre le suicide radical (peu importe le moyen) ou le suicide à petit feu (drogue, alcoolisme) la différence  se trouve dans la répétition de gestes morbides, mais le point commun, semble être la perte de sens, l'impossibilité de résoudre un conflit entre une force provenant de la société en quêtes de règles et l'individu en quête de son identité,  pression externe face à une force interne, souffrance extrême dont la seule issue, pour s’en extraire, resterait la solution de la mort, le sentiment intime de ne pas être respecté (le cœur est souffrant), qui se décline par le sentiment d'esclavage, d'humiliation, d’enfermement, avec l’impossibilité de communiquer ce mal être. Toute la personnalité est emportée et submergée.

 Regardons un instant le passage à l'acte dont la caractéristique est une extériorisation d’énergie violente, fulgurante, inattendue, fugace, avec un effet réel ou imaginaire, de libération, telle une explosion. L'impression d’une libération n'est pas forcément durable dans le temps.

 Le passage à l'acte présuppose une pression sur un organe ou une aspiration de son énergie, et la faillite des quatre autres organes. La fluidité vers l’une des trois portes de sortie, la parole, la sexualité, la créativité en est empêchée ; la bouche est bâillonnée, la sexualité castrée, la créativité annihilée. Ces trois influences correspondent aux trois foyers, foyer supérieur, la conscience ; foyer moyen, les émotions, "l’art du faire juste" ; foyer inférieur, la sexualité. Derrière tout passage à l’acte violent se cache un manque de fluidité vitale, une absence de la parole, d’expression des besoins. Et très souvent, l'organe foie détient la primeur de cette expansion.

 La surchauffe du foie sera prégnante dans les situations d’alcoolisation aiguë et les débordements de vitesse, certains parleront de se « défouler, » d'une décharge d’adrénaline, pour ne pas « pêter les plombs. » Dans la fugue d’un adolescent qui veut s’acquérir un autre territoire, on fait référence également au foie qui cherche son cœur.

 Ce sont les reins qui sont concernés quand l’existence est menacée. Quand ils sont mis en danger, c’est le « courage, fuyons » qui prévaut. Quand une femme battue prend ses enfants pour s'enfuir sans savoir où aller, c'est son élan d’un pas sage, salutaire, de survie, qui la fait passer à l'acte ; une séparation brutale considérée comme l‘issue de secours.

En certaines circonstances deux  ou trois organes seront vidés par l’agression externe, c’est le cas des reins et des poumons dans la situation du harcèlement. Les reins sont aussi usés par l’endurance de l’usure machiavélique de cette relation, les poumons n’arrivent plus à réagir dans leur sauvegarde de fuite instinctive et le foie ne tient plus sa place de combattant et de fin stratège. Les poumons réagiront à l’oppression, au sentiment d’étouffement familial, de claustrophobie. Le vide aspirant au vide du néant, on peut considérer que ces derniers sont mis à mal dans de nombreux passages à l’acte suicidaires. Le manque de Chi aspire à la mort. La détresse invitant le cercle vicieux d’une détresse encore plus grande.

 La rate ne manquera pas de se faire connaître par une peur spécifique face au manque d’argent,  du petit larcin au « casse »  du siècle,  l’avidité fascinera cette convoitise. La haine provoque la haine (manifestant jetant une bouteille et allant se faire fusiller) et le cœur, y répond tout en sachant qu'il se blesse. Le passage à l’acte violent, incohérent, fou, sans objet, fruit d’une incompréhension langagière, commande la bestialité, comme si la force des reins avaient refusé tout le contrôle de la fratrie des organes, cœur, foie, poumons, rates.

 Ce que l'on peut retenir, c'est que le passage à l'acte est en rapport avec une dépense importante d'énergie d’un ou de plusieurs organes ; résultante d'une longue retenue d'énergie faisant office d'une pression accumulée, ou d’une inspiration, devenue insupportable. Les expressions occidentales  : « il me pompe de l’air » - « il me gonfle » - « je n’en peux plus » - « faites quelque chose s’il vous plait » - « il va me rendre fou » - « c’est épuisant » - « il veut me tuer » , laissent transparaître la tension interne, sans doute inutile et la volonté « d’en sortir ». L’intérieur se défend de l’extérieur insupportable. On peut émettre l’hypothèse que derrière chaque type de suicide à sa correspondance avec la manifestation d’un vide d’un organe particulier.

 Face à ces éléments extérieurs qui perturbent la fluidité de l’énergie, (les portes de sorties sont bloquées) on doit faire le constat de l’impuissance de l’intérieur de l’être qui n’a pu se dire. et son absence de contact avec L'Energie fondaùentale. Une barrière du dialogue s'est instaurée. (manifestant avec une barrière) Et plus la parole a été retenue, entravée, déformée plus la manifestation en sera violente et le passage à l'acte démesuré, il en est de même pour  l'énergie sexuelle, ou l'action créatrice. Quand ces trois énergies de l'expression de la personne, parole, sexualité, créativité, sont bafouées,  étouffées, violées, par un contexte social, familial relationnel ou ascétique, le corps se révolte. La réponse à la violence, aux passages à l’acte fou, se trouve donc dans l’écoute, l’écoute et encore l’écoute, le respect de la fluidité de l’énergie. Quand l’autorisation de parler est là dans un contexte et cadre sécurisant, la parole confiante et son essence, retrouve sa fluidité. Cela induit la présence  d' au moins deux interlocuteurs qui soient d’accord sur un minimum de règles du dialogue, ne serait-ce que d’apprendre à repérer ce qui est insupportable avant d’arriver à des chutes extrêmes. Mais on le voit bien, la réorganisation des organes et le renouvellement du Chi, de l’énergie, s’avèrent également indispensables comme  résolution. De plus, l'observation des réponses inadéquates de trop de violence ou d'abdication, face au rouleau compresseur des intrusions en tout genre, s'avère nécessaire pour pouvoir affronter, fuir, adapter, transformer son énergie pour d'autres possibles.

 Passage à l'acte fou au passage à l'acte mesuré

La souffrance provient d'un passage à l'acte non préparé, pour celui qui agit, comme pour celui qui le reçoit. La souffrance est à la mesure de la déflagration d'énergie. Les passions désorganisent la réflexion. Cet événement provoque une déstabilisation des énergies et induit une remise en cause sur tous les registres.

 Cependant le passage à l'acte laisse entrevoir un aspect positif, tel l'orage a pour fonction de clarifier le ciel de son trop plein d'énergies contradictoires, tel le passage à l'acte, aurait aussi cette fonction de clarifier la pensée. Une action trop énergique est quelques fois plus souhaitable à l'absence d’énergie. Se mettre en mouvement est une aventure en soi. Enclencher  une action ou  y mettre un terme est un agir quotidien. C'est en passant à l'acte que l'on trouve ce dont on a besoin, c'est à dire, la  confiance en soi. C'est en passant à l'acte que la « forme » prend naissance, et que celle-ci peut devenir perfectible ; faire l'économie du passage à l'acte est dans ce cas de figure une autodestruction.

 La nécessité du passage à l’acte se fait sentir quand il s’agit de remettre de l’ordre dans un chaos  qui a perduré ou un fonctionnement  usé qui  ne correspond plus à l’objectif signifié (soit dans l'interne personnel, soit dans l'externe collectif, soit dans l'interaction de ces deux paramètres).

 Tout serait donc une question de mesure. Quand on commence à mesurer les conséquences de son acte, on réfléchit à deux fois. Quand un groupe de soldats spécialisés obéissant à une unité de corps ou qu'un groupe de militants obéissant à une unité de valeur, passe à l'attaque l'on suppose que la réflexion a présidé en amont. A l'instar de ces groupes l'individu, obéissant à une unité d'être, peut aussi adopter une véritable stratégie personnelle, pour sa propre défense ou construction.

 Le passage à l'acte a un lien inéluctable avec le facteur de décision personnelle. Le passage à l'acte induit autonomie, responsabilité, liberté. L'autonomie individuelle nous invite au contraire à passer à l'acte pour se nommer, se distinguer,  marquer notre originalité individuelle personnelle  « notre yin et yang, un parmi les milles ». L’objectif étant l’extériorisation d’une ferme intention de la force interne pour l’accomplissement cohérent de son expression et la nécessité de la transformation de l’environnement ; ce qui suppose préparation, regroupement d’informations, réflexions, méditations, prises de décisions, et déterminations. Autrement dit le passage à l'acte positif contient en lui-même, la capacité à percevoir son taux énergétique de ses cinq organes, de ses méridiens, de ses trois foyers, de l'appréhension de l'évènement extérieur et de l'adéquation de la réponse énergétique. Une décision longuement réfléchie aboutit forcément à un moment ou à un autre à une ré-solution, quand c'est le moment, quand les choses sont mûres, avec le juste dosage. Pas assez d'énergie et le résultat est un coup d'épée dans l'eau, pas au bon moment, le résultat donne l'impression d'un avortement ou d’un faux départ, trop tard, l'énergie a déjà subit des préjudices pour sa santé ; une formation d'une longue durée qui comble un manque de confiance en soi perverti l'action et engendre la peur (cueillir les fruits à la bonne saison, si non ils pourrissent). Trop fort le passage à l'acte provoque de la casse, inertie et  le manque du passage à l’acte va induire du regret.

 Ce qui manque dans le passage à l'acte violent c'est précisément la confiance dans son énergie, dans le temps, dans l'aboutissement d'un résultat positif. C'est alors le contrôle de cette énergie et l'apprentissage de celui-ci qui est donc valorisé.

 Sans l'apprentissage du contrôle de soi, la loi peut n'avoir aucun effet. Investir sur l'apprentissage du contrôle de soi, de la mesure du passage à l'acte aurait des chances d'une grande prévention, à tous les niveaux, apparemment ce n'est pas le choix social qui est fait. Cet apprentissage du dosage de l’énergie pour différents types de mise en forme de son énergie, passe par la définition des limites personnelles et collectives et par l’apprentissage du dialogue et de la créativité.

 

Passage à l'acte Zen

 

Le passage à l'acte doit être en adéquation avec le jing, ( la nécessité) le chi (la force suffisante) et le shen (la conscience de devoir agir pour la bonne cause). Le passage à l'acte est lié, défini par le registre des volontés et de l'objectif à atteindre.

 

Le passage à l'acte mobilise les cinq organes les reins sur lesquels repose la qualité du mouvement dans sa fluidité ; le foie (ministre de la défense) dans le fait de voir et de désirer le but avec son complice (vésicule biliaire général des armées) qui va exécuter la décision ; la rate dans le fait de la raison, de la définition du but, du moment, de la stratégie à adopter ; les poumons dans la capacité à engranger de l'énergie ; le coeur pour garantir la correspondance entre son identité et  l'environnement extérieur, tout en assumant le calme dans l'action. Une faille dans ce bel ensemble et c'est la pathologie de l'action. Chaque passage à l'acte sollicite plus ou moins tel ou tel organe.

 Le passage à l’acte courageux (Nelson Mandela) qui dérange, la révolte contre les abus de pouvoirs est un signe de bonne santé, fera appel à toutes ces notions mais aussi à la prévention de savoir comment accumuler de l'énergie, la renforcer, la distiller, la transmettre.

 Le passage à l’acte qui sait attendre, endurer, stabiliser, augmenter, embellir, émouvoir aura plus de force dans sa mesure, sa densité, sa  lenteur apparente. Le passage à l’acte qui se contente seulement de défouler un trop plein d’énergie est une ineptie et un gaspillage. Et pourtant nombreux sont les lieux qui favorisent cette règle de ce drôle de jeu. Plus le passage à l’acte est subtile en utilisant la moindre force, plus l’effet est puissant et efficient, tel une allumette qui peut créer un incendie.

Son objet s’impose et sans effort de volontarisme, son effet est aussi pertinent dans la réalité qu’un tableau qui s’expose. La méditation serait-elle la subtilité suprême de l'action ?

 Toute l'étude du Yi King, le grand Livre de la transformation nous invite à regarder de près le rapport nécessaire entre l’énergie et le passage à l'acte. Il n’est que cela, Fin stratège du passage à l‘acte. La  mesure de l'énergie pour passer à l'acte au bon moment avec l'énergie juste pour accomplir son œuvre précieuse, dans l'accompagnement de son destin, tout en sachant qu'agir ou ne pas agir a forcément des conséquences dont on ne mesure pas tous les paramètres. Faire pour le mieux sans attendre de résultat. Puisse cette réflexion inviter le lecteur à s'y plonger avec douceur.

jeudi 6 août 2020

Au Centre des Humeurs

Au centre des Humeurs

 

 S'il est un domaine transversal qui s’avère être l'une des causes de déstabilisation psychologique ou de violences verbales dans toutes les instances, touchant toutes les couches de la société d'une manière quotidienne, ce pourrait bien être  « les sautes d'humeurs » et  leurs expressions. Comment faire avec pour mieux les gérer?

 Petits nuages ou grosses tempêtes

Les humeurs sont pour l'âme ce que les nuages sont pour le climat : variables, contrastés, imprévisibles, ombrageux, orageux, inégaux dans leur densité, leur contenu, leur fréquence, leur électricité, suspendus entre ciel et terre.

 Les humeurs caricaturent les émotions dans leurs excès et sont pour la plupart perçues dans un sens péjoratif et négatif, véhiculant avec elles dans le langage courant, un sentiment de mal être. On ne se plaindra pas d'avoir des émotions mais on se lamentera de n'avoir aucun contrôle possible sur ces sautes d'humeurs agissant sur le plan personnel ou relationnel, physique ou émotionnel. L'aspect irascible, excessif, démesuré, exécrable, « caractériel », contrasté, de ces manifestations, engendre une relation à forme tyrannique, pour la personne qui le vit et son entourage. L'expression de volontés contraires indique qu'il pourrait s'agir de dysfonctionnements des « vouloirs ». La variation des désirs soumet l'intéressé à des fluctuations d'intérêts qui n'aboutissent pas dans leur conclusion. Les incidences frustrantes ne font alors que rajouter au désarroi.

 La philosophie taoïste, dans ses observations ancestrales, a pu donner tout son sens à ces fluctuations par la lecture de la transformation des énergies dans le corps. Elle le traduit par cette simple synthèse « le cœur n'est pas tranquille, il a perdu son domaine » et en donne même des outils pour mieux les appréhender tel que le massage, Chi Gong, Tai Chi, concentrations, méditations. L'efficience de ces outils a fait ses preuves pour apporter le calme mental, par la régulation des énergies.

 Du dénouement de la perte

La manifestation de ces variations d'humeurs, avant de devenir pathologique, s’il en est le cas, a une référence presque normative, puisque le psychologique est d'abord lié au physique, et que l'énergie corporelle a ses propres règles. Chaque émotion est dépendante des

cinq organes et de leurs viscères. Le simple fait de transmuter d'un organe à un autre, provoque un changement humoral, ce qui se produit toutes les deux heures. Il est donc normal qu'un certaine fluctuabilité des humeurs puissent se vivre selon ces fuseaux horaires. Elles ne peuvent pas être linéaires. Le problème se pose  d'avantage quand une rupture brutale intervient dans ce rythme. Le corps et le mental sont continuellement en train de s'adapter, entre l'intérieur et l'extérieur, entre un état émotionnel donné, à un moment donné et son juste milieu. Il n’aime pas le brusque événement  choquant. La variation cyclothymique devient pénible quand l'horloge biologique est défaillante, en voici quelques exemples :

  Ceci est particulièrement flagrant au moment de la ménopause. La fin naturelle des ovules enclenchent un déséquilibre des ovaires et des reins, ce qui a pour effet une activité désordonnée provocant une énergie non-utilisée. La fonction régulatrice des reins et des eaux dans l’organisme ne remplit plus son office, l’eau ne retient plus le feu,  « ils ne comprennent plus. » La chaleur inemployée monte ainsi par à-coup. C’est l’affolement par l’action irrégulière sur le foie et vésicule biliaire qui réagit d’une manière inconsidérée « lui non plus ne comprend plus. » Les humeur du cycle féminin est bien la démonstration, s’il en était besoin, des incidences des organes et de la fluctuation énergétique sur le psychologique. La médecine chinoise a son savoir faire en la matière, tant pour les humeurs que pour la ménopause, dans l’apprentissage de la retenue des énergies ou de leurs transformations, dans le rééquilibrage de ces «mauvaises poussées de fièvres » qui interagissent sur le comportement. 

 La connaissance intuitive de l’équilibre des énergies, le tempo horaire et thermique, le dosage subtil de toutes les hormones reconnus par l’hypothalamus, passent nécessairement par la grande horloge biologique qu’est la glande thyroïde. Le langage des humeurs respecte le contrôle des glandes et de leurs hormones. L’ablation de la thyroïde a des incidences sur le sommeil, la perception de la fatigue, l’attention, la sexualité, mais elle a aussi des conséquences redoutables sur les humeurs : « on ne se sent pas bien ». Comme pour la ménopause tous les efforts de régulation d’une thyroïde enlevée, demande beaucoup de temps et compensent maladroitement la préciosité des  cellules hormonales.

 Aussi étrange que cela puisse paraître, on se retrouve dans la même situation du manque et d’affolement des humeurs versatiles, excessives, démesurées,  lors de la période de désaccoutumance des addictions avec la même vulnérabilité. Même s’il s’agit du manque d’ « agents  extérieurs, » qui seraient venus cependant combler un vide, la danse du « yo-yo »  des humeurs est la même que pour les événements internes ? Et en général cela ne passe pas inaperçu et l’entourage le sait. Le général des armées « vésicule biliaire » est perdu, il ne reconnaît plus ses soldats, son propre territoire est miné, cerveau, globules blancs, glandes, et autres télécommandes sont perturbées, « il ne se reconnaît plus ».

 Gens qui rient, gens qui pleurent

Le paroxysme de la variabilité des humeurs se focalisent particulièrement chez le sujet maniaco-dépressif. Mais c’est aussi le paroxysme du manque puisqu’il s’agit  de la perte du sens de la vie. IL perd la raison mais il a plein de raisons de se retirer. En s’enfermant dans l’obsession, par un vide de rate extrême il s’englue dans les manies qui nourrissent à leur tour ce cercle vicieux. Les poumons,  de ce fait, épuisés n’adhèrent plus  au programme de la gestion des liquides et du Chi, qu’ils se sont donnés, et se retirent dans la dépression,  la tristesse et  le désarroi. Le cœur est profondément blessé. Confronté à l’angoisse de vivre, physiquement il signe son malaise,  en bloquant la circulation de l’énergie entre l’estomac, le cœur et les poumons. Il perd ses repères.

Au fond le ou la « maniaco-dépressif » est un être coincé entre le haut et le bas, au diaphragme tendu. Son énergie passe du vide de la rate au vide des poumons. Plus rien ne va ni  dans le bassin, ni dans la tête. Il ne peut être satisfait de l'ordre terrestre que lui offre l'ordre régnant qui casse la matière plus qu'il ne la respecte, il fait croire alors à son adhésion à « l'ordre » en adoptant les manies très sophistiquées ; et ne peut accéder au spirituel puisse qu'il ne peut accéder à l'illusion d’un idéal père parfait qu'il s'est fixé ou qu'on le lui aurait transmis; d'où sa tristesse et son profond désarroi. Tiraillé entre l'imparfait spirituel  et le faux ordre terrestre, il ne donne plus de place au foie aux esprits « hun »,  qui pourraient trancher sur ces falsifications d'existence pour ressourcer son cœur. Entre la folie d'une mère et l'absence d'un père, il se donne l'illusion de se bercer entre « ne pas être soi » et l'obéissance, la soumission à la « conformité », pour en retirer un bénéfice trompeur de reconnaissance ou de pseudo existence. Conscient cependant de son mal être, mais sans savoir comment nourrir son action ou sa réflexion, ce va et vient devient épuisant physiquement, intellectuellement, affectivement et spirituellement. La mélancolie, le regret, la nostalgie complices de l'inertie auront beau jeu de s'installer. Caractère irritable, hyperactivité suivi de grande fatigue, manque de concentration passant de l’euphorie à l’abattement de l’ exubérance au profond désarroi, du rire aux larmes, seront ses faux amis le jour et  les cauchemars ceux de la nuit.

Il se fait  et de la bile et des glaires. Ce qui a pour résultante d'obstruer le cœur et se trouve donc dans une impasse, en se soumettant au « faux » il se désolidarise de son propre cœur en qui il ne peut même plus trouver la force de révolte pour laisser crier sa colère de ne pas être soi. En occident la médecine semble impuissante d'en trouver la cause et pour autant commet des électrochocs,  encore en ce 21ème siècle pour venir à bout du désordre mental provoqué par ce grand désarroi d'être incompris, ballotté entre la recherche d'un modèle et être soi. Le lithium vient ensuite lissé ce traitement de « choc ».

La médecine chinoise ne néglige pas le rôle des mucosités obstruant les artères dans cette pathologie ; elle aurait raison de cette déraison par les points E 36, E 40 en acupuncture, de cette mucosité visqueuse d'adhésion au dés-ordres. Ces deux points ne suffisent pas à eux seuls à rétablir l’énergie de tous les organes,  mais ils sont  cependant des bonnes clés pour ouvrir un chemin vers plus de sérénité.

 Alternance ou sas nécessaire d'une humeur à l'autre

Le passage d’une humeur à une autre s’avère inéluctable mais la réalité de ce phénomène nous invite à clarifier le ciel nuageux de notre mental face aux événements. Les sautes d’humeurs dont les causes sont physiques peuvent être, sans doute régulés, par une intervention externe, pour le reste, on ne peut échapper à une vigilance sur soi-même. Les humeurs dans un couple, ou dans une famille où tout le monde est obligé de supporter les désagréments, les humeurs du père alcoolique, les caprices d'une adolescente,  les gémissements de la mère épuisée ou les imprévus d'un adolescent drogué. Ce n’est pas une preuve d'amour que de s'y associer, la compassion n'est pas la fusion dans une humeur destructrice, d'irritation ou d'impatience.

Plusieurs pratiques peuvent donc nous y aider :

La clarification des significations de termes très proches, tel le brouillard rendant la lecture des formes un peu nébuleuses, mais qui amènent à la confusion du sens peut contribuer à l’apaisement : confusion entre ténacité et rigidité, entre endurance et entêtement, ente action et activisme, entre être discret et être inexistant (fausse humilité), entre l'effet tonitruant et prendre modestement sa place, entre autonomie et n'en faire qu'à sa tête, entre ralentir une activité et stopper une activité, entre ce qui est subjectif et ce qui est objectif, entre autorité et autoritarisme. Cela peut éviter les emportements parce que l’on aurait pris l'excès à la place de la réalité.

  Se recentrer n’est pas un vain mot en philosophie taoïste, cela s’effectue consciemment en ramenant plusieurs respirations abdominales tranquilles au Tan- tien, lieu énergétique sous le nombril, et s’ancrer, par le massage des pieds pour ne pas perdre la tête et garder les pieds sur terre.

 S’octroyer des sas de décompression entre deux univers différents, travail et foyer par exemple, respecte assez bien le rythme d’adaptation fluide nécessaire et s’avère utile pour unifier ce qui, sans cela, pourrait devenir rupture.

 Admettre de tourner la page d'un événement, ou d'un état à un autre adolescent- adulte, divorce-solitude, les soucis ressassés ne conduisent qu'à punir la rate. Les regrets blessent les reins et ralentissent la marche en avant, quand le corps continue sa progression.

 On ne peut faire l’économie d’un apprentissage du contrôle de soi, car lâcher à elles-mêmes les humeurs vont vite devenir une jungle, l’authenticité ne veut pas dire déverser sa poubelle émotionnelle.

 Fixer la diversité de ses vouloirs sur un seul acte déterminant amènera le mouvement et la concentration nécessaires à la mise en forme d'une pensée plus structurée.

 Les sautes d'humeurs peuvent être un baromètre, un indicateur d'un dérèglement de l'harmonie initiale, elles sont aussi un repère de lutte interne comme une tentative de vouloir ramener, souvent avec maladresse, son soi vers son axe pour ne plus être « désaxé », plus « raisonnable ». 

La bonne santé se réjouit de  la bonne humeur !!!

 

 

 

 

 


mercredi 6 novembre 2019

L'alchimie taoïste de l'incarnation spirituelle : mouvement et pensée.

L'alchimie taoïste
de l'incarnation spirituelle :
mouvement et pensée.

           Mouvement du corps, mouvement individuel ou collectif, mouvement du tai chi, mouvements et gestes d'un code social, d'une danse, d'un sport, d'un travail… action du cerveau sur un mouvement ou action du mouvement sur le cerveau ; l'un ou l'autre peut être étudié séparément. Il est rarement fait état du lien interactif et correctif entre pensée et mouvement. Les mouvements de Qi-gong ont pourtant le mérite d'associer par déductions d'observations, le nom d'un animal, qui symbolise au mieux l'attitude correspondante avec l'état mental et psychologique du participant. La naissance d'une idée issue du mouvement ou la création du mouvement issue d'une pensée est un thème intrinsèque à la philosophie taoïste, d'où la référence au mouvement codifié et répertorié comme pouvant devenir un geste guérisseur. La pensée induit le mouvement, le mouvement induit la pensée. L’incidence mutuelle de l’un sur l’autre compose la transformation de l'être. La pensée et mouvement s’interfèrent sans cesse. La structuration de la pensée prend forme et corps par le mouvement. Intéressons nous à cette interaction et à son processus transformationnel.

Du mouvement archaïque à l'émotion subtile

     Certains mouvements possèdent leur régularité naturelle : des battements du coeur, le soufflet des poumons, le clignement des paupières, les spasmes intestinaux, la cadence de la marche, le balancement des bras, le roulement multidirectionnel des yeux et de la tête. Ils assument la fonction instinctive de régulation, de protection des différents organes mais aussi d'intégration dans le social par la communication non-verbale.

     Le visage et les mains, parties les plus dénudées et visibles du corps, visualisent en eux-mêmes les mouvements instinctifs ou volontaires, émetteurs des intentions ou inducteurs de la pensée, lieu de transmutation des émotions. L'acte volontaire intervient quand l'humain utilise cette potentialité pour confirmer l'expression de son être. Les mimiques et les grimaces traduisent la pensée, mais elles la modifient également. Provoquer, par exemple, volontairement le sourire, même si cela paraît artificiel, introduit une pensée positive dans le comportement, tout comme le geste et le mouvement ont la capacité de transformer les émotions. L'émergence de la pensée en adéquation avec le geste amène le sourire involontaire, critère d'excellence en la matière, pour les professeurs de Tai Chi. La lecture des grimaces- colère, fatigue ou abattement, enthousiasme, euphorie, soucis, ou au contraire apaisement se vérifie assez facilement, ces codes individuels et sociaux se voient. La mobilisation volontaire du faciès et la mise en scène des grimaces pour obtenir une transfiguration émotionnelle est non seulement possible mais souhaitable.

      Le Qi Gong ou le yoga des yeux, que certains semblent découvrir seulement maintenant (emdr), montrent bien ce rapport étroit entre le mouvement et la pensée. Non seulement il donne forme à la pensée mais il peut ramener à la conscience des traumatismes anciens pour les appréhender avec moins de frayeur. Les mudras (gestiques des doigts) peuvent être répertoriés également dans cette catégorie de gestes guérisseurs. Le geste et le mouvement est au corps ce que la mimique est au visage. C'est donc tout le corps qui participe à l'élaboration de la pensée et au vécu émotionnel.
« Bouges- toi » : la sagesse du mouvement ente l'inertie et le débordement.
L'inertie, absence de mouvement, colle à la peau de la déprime, tout comme l'agitation, les mouvements excessifs du révolté ou désordonnés de l'alcoolique flirte ave la folie. L'appareil de la mesure, du geste posé et du mouvement harmonieux et donc de la pensée juste, perdent leur nature dans ces cas de figure.

     L'intuition de la maman exacerbée et désespérée de voir son grand adolescent déprimant dans son lit à ne rien faire, est pertinente dans son « allez, bouges-toi, remues-toi, secoues-toi, fais quelque chose » ! et intuitivement l'ado en question, sait que s'il s'exécutait, ses arguments, qui le maintiennent en opposition, ne tiendraient plus.

      Le mouvement a raison d'une pensée rebelle ou tenace. La méthode Coué ne suffit pas. Les thérapies qui évitent de passer par le corps, c'est à dire par le mouvement, par l'énergie, ne privilégiant que l'approche verbale, peuvent s'avérer beaucoup plus longues. Elles favorisent la remontée d'énergie dans la tête au détriment de la mise en forme du shen. Elles font ainsi l'économie d'une expression créative (énergie du bassin) et d'un mouvement porteur (énergie des membres), cette implication risque de rester seulement « mentale », non-incarnée.

Ecouter une plainte est certes salutaire, elle le sera encore plus si le thérapeute propose des gestes ou mouvements et respirations adéquates qui intègre le mal-être, lui donne un peu de force pour être extériorisé, identifié. Il est donc plus facile d'y remédier. La transformation de la souffrance passe par l'alchimie de l'énergie enregistrée par les organes. L'essence même de la souffrance physique ou psychologique en sera modifiée.

Le mouvement : unification et cohérence des trois trésors

     Comment cela est-il possible? La grande solidarité des organes, des méridiens, des viscères et des trois trésors que sont le Shen, représentant la conscience, la pensée, l'intention, le cerveau ; le Qi-souffle représentant les émotions, les affects, la circulation de l'énergie, la poitrine ; le Jing représentant l'essence vitale, le faire, le mouvement, le bassin, leur très grande interdépendance et connivence donc, se consolide mutuellement. Ils se nourrissent les uns et les autres. La pensée a besoin de chaque partie du corps, imbibée d'énergie, de l'intention et du mouvement. Tout cela ne fait qu'un.

     Le mouvement a la particularité de transmettre une certaine chaleur qui dilate les vaisseaux. La fluidité de l'énergie, a de ce fait, une incidence sur la circulation du sang et des neurones. Le mouvement réveille le corps, et en particulier la conscience de l'être, mise en veilleuse dans le tan-tien, lieu énergétique sous le nombril. Selon qu'il va solliciter la partie inférieure, moyenne ou supérieure du corps, l'incidence du mouvement ne sera pas la même sur la conscience. Si la pensée n'est pas en accord avec le mouvement, le décalage se fera sentir entre le dire (expression de la parole ou du regard) et le faire (bassin ou membres). Être en accord avec le mouvement amène à une pensée cohérente et une guérison.

     Le mouvement est essentiellement acquis par la mobilisation des bras, des jambes, du bassin et du souffle. Or curieusement, dans la philosophie taoïste, la pensée est germinée, engrangée par la rate et estomac, tout comme en dépendent... les membres inférieurs et supérieurs, initiateurs du mouvement. La logique qui en découle : le lien évident entre mouvement et pensée, ils sont associés, complices révélateurs et inter-mutants du spectacle de l'être en quête de son absolu. Le grand moment ou tout semble s'accorder pour combler le sentiment d'existence est bien sûr, la véritable chorégraphie de l'orgasme.

     Le jeu du mouvement spontanné, où l'énergie seule, guide le mouvement donne des images et des pensées inattendues, surprenantes, provenant de l'Un-conscient. L'énergie emmagasinée par différentes postures et gestuelles respiratoires, commande le mouvement, lequel à son tour transforme la pensée Le mouvement permet ainsi une évolution personnelle. La gestuelle des mains va contrôler la pensée. La douceur des mouvements de Qi gong ou Tai Chi amèneront la fluidité de la pensée juste, adaptation, constance, pertinence des réponses adéquates : la certitude d'être bien avec soi-même.

Conditions

     Pour être cohérent jusqu'au bout, ce mouvement réparateur doit répondre à certaines conditions. On l'a vu, il doit être imprégné 
          -de Qi, c'est à dire d'une intention, et du souffle, faute de quoi il apparaîtra comme simplement mécanique, vide et creux et dans ce cas il aura un effet pervers sur la pensée qui sera elle aussi, vide et creuse.
         -Le mouvement s'inscrit dans le temps. Il doit être répété comme un mantra, mais cette répétition doit être limitée, pour que l'énergie fasse aboutir toute son efficacité. Par contre si ce mouvement est répété à longueur de journée, il devient aliénant. Il semblerait que dix minutes soient un tempo signifiant pour l’émergence d'une pensée.
         -Le troisième facteur de réussite est l'impératif du repos, tout comme la digestion suit un repas et la nuit suit le jour. Et c'est encore mieux si cette intention, imprégnée de Qi, du mouvement inspirateur-repos est suivi d'une intégration verbale, écrite ou picturale. C'est ce que veut dire une phrase biblique « et le verbe s'est fait chaire ». L'essence de l'être, la parole prend forme, Le shen s'extériorise. La transformation et la régulation des émotions, la véritable spiritualité, passent par le corps pour être comprises, intégrées. La pensée chorégraphiée où mouvement et pensée s'enchevêtrent, prend de la consistance et s'unifie dans son évolution avec le souffle, le Qi. Le mouvement du sourire intérieur crée l'alchimie de l'incarnation spirituelle.

du mouvement à la manipulation sociale

     Contrairement à certains préjugés, il n'est pas nécessaire de passer par la souffrance pour que ce mouvement traduise une pensée claire. Les gestes et mouvements du travail répétitif en excès annihilent la pensée. Les cadences et la compétition ne sont pas des mouvements porteurs d'un développement de la pensée, d'une connaissance de soi, de maîtrise et de maturité, mais au contraire d'un affaiblissement de la conscience. Le mouvement stéréotypé et abusé, induit une pensée esclave, une pensée unique. Le mouvement agité combine la pensée agitée, il brasse du vent. Le méridien vésicule biliaire s'y perd et donc ses capacités de décisions. Mais à l'inverse la pensée agitée ou angoissée provoque le mouvement tout aussi signifiant, tel le mouvement de bascule ou d'agitation des mains chez les psychotiques qui sont une manière de calmer leurs angoisses existentielles.

     L'intensité du mouvement inducteur de la pensée prend évidemment une autre force quand une foule s'en empare. Du mouvement codifié au décryptage du sens, l'espace de la manipulation sociale peut être proche, raison de plus pour affiner le discernement de l'interaction « mouvement corporel-pensée ».
     Le poing fermé va engendrer la colère ; tous ceux qui ne pratiquent toute la journée que ces attitudes guerrières n'attendront qu'une chose : à la moindre occasion en découdre. L'étude sociologique des danses de rue, à la mode, peut permettre de comprendre ses acteurs.
Vague du Holla des supportères est tout aussi mobilisante que certains saluts militaires ou paramilitaires. Le « tendre la main » du mendiant ou n'a pas la même signification psychique que le « lever du poing » du militant.

Mouvement : parole du corps

     Ainsi donc il serait sans doute possible d'établir un dictionnaire du mouvement, celui qui guérit ou celui qui aguerrit, celui qui apaise ou celui qui engendre la transformation, celui qui fait sourire ou qui provoque l'agressivité.

     Outre le fait de l'ouverture des méridiens qui transmet le flux énergétique aux organes la posture des exercices de Qi Gong est hautement symbolique. Et ces symboles rejoignent un langage quasi universel. Si nous proposons des situations mentales en demandant de mimer par le corps et le mouvement, l'expression, il y a de grandes chances que tout le monde comprenne ce langage évocateur, voici quelques exemples non exhaustifs:

« Se sortir de sa médiocrité, se grandir » trouvera facilement sa réponse dans la posture s'imaginant s'aider des mains pour prendre fortement appuis, poignets pliés, en redressant la tête.
« retrouver sa dignité, oser s'affirmer » fera bomber le torse en ouvrant les bras.
« accueillir l'avenir » délèguera la responsabilité aux mains détendues placées devant soi, en les faisant revenir vers la poitrine.
« rejeter ou repousser l'ennemi » impliquera la propulsion vives des bras en avant.
« se donner de l'espace » tendra les bras de chaque côté du corps à l'horizontal comme s'ils poussaient les murs.
« évacuer le stress » pourra se symboliser par des jets des mains, forts et puissants, devant soi vers le sol, répétées de manière ardente pour être persuasives. Les mâchoires et les yeux vont suivre spontanément, en se serrant comme pour mieux se concentrer sur cette évacuation.
« Renforcer son identité » sollicitera les deux poings fermés l'un sur l'autre, comme pour enfoncer une épée d'énergie.

     Ainsi toutes les suggestions suivantes peuvent trouver leur résonance dans un mouvement, que chacun peut s'approprier : « ouvrir son cœur » ; « quitter le passé » ; « accueillir le ciel » ; « s'investir dans un geste de délicatesse » ; « trouver son inspiration » ; « concentrer et densifier son énergie » ; « stabiliser, s'ancrer ». il en est de même si l'on demande de mimer la colère, la peur, l'effrois, l'étonnement, l'enthousiasme

     La mort du grand mime Marceau devrait nous rappeler, par son silence, la constance du lien entre l'intention, le souffle et le mouvement, entre le corps et la pensée, entre les émotions et la fluidité de la vie, rejoignant ainsi la transmission de la philosophie taoïste. Honneur à lui !

jeudi 13 juin 2019

L’aimant de l'été


L’aimant de l'été



Hasard de l'orthographe ou compréhension singulière de la vie, l'aimant, celui qui aime et l'aimant, celui qui attire la polarité inverse mais complémentaire, s'écrivent de la même manière. Le phénomène attractif des cœurs  et des corps, plus sensible en période estivale, exprime une forme de vie dont le mystère, pensé par la philosophie taoïste, interroge et surprend encore nos pensées occidentales, par le sens qui sous-tend cette manifestation du Chi. Cette puissante attraction du masculin et du féminin, du Yin et du Yang questionne le fondement de notre identité.


L'eau et le feu s' aimantent


La chaleur monte et l'eau descend, et pourtant se recherchent. Les deux réunis produisent une alchimie particulière quand l'eau est au dessus du feu et un autre potentiel quand ces deux fonctions suivent leur cours naturel de séparation pour se singulariser. Mais autre constat, si la sève monte et la pluie descend, le chaud attire également le froid, le bouillonnement  du chaos mental aspire à la paix mentale. La métaphore du feu sous la casserole  pour la cuisson  d'un met suggère bien, le délicat dosage du feu, de l'eau, des ingrédients, du temps, pour qu'il devienne savoureux.
En chaque être existe le chaudron, l'eau (les reins) et le feu (le cœur) quelque soit sa couleur de peau. Chacun va chercher au plus profond de lui même ce qui va mobiliser l'essence chaleureuse de son identité propre, faire bouillir l'eau (action) pour une combustion agréable de son énergie du cœur, laquelle aura une incidence sur l'élévation de sa conscience. Intuitivement et spécifiquement tout être est attiré par le langage du cœur que sont l'émerveillement, le rire, la joie, l'enthousiasme, la chaleur. « Le cœur est en l'homme, celui qui tient la place de souverain, face au sud » (Su Wen 6 et 8) « Il propage partout le feu de la vie, la puissance et le goût de vivre » (Claude Larre). Il a besoin pour cela, d'être appuyé par le langage des reins que sont l'endurance, l'action, la force, la protection, la sécurité. Depuis sa conception cette énergie fécondée va s'orienter vers son plein potentiel et la maturation de sa conscience perfectible à l'infini, sorte d'absolu toujours insaisissable, en tenant, ensemble, le langage du cœur et celui des reins. Il sait ce qui lui convient, devant chaque choix  il se pose la question de cette adéquation maximale. L'être humain (homme ou femme) est donc « naturellement » attiré par tout ce qui va pouvoir l'épanouir, au risque de se brûler les ailes  quand le choix  de qu'il croyait être bon pour lui, s'avère être une fausse croyance, ou  le vérifier par la négative quand l'individu place sa confiance en une énergie prometteuse mais qui aura été déviée ou détournée de son objectif, perçue alors comme une trahison.
Le langage du cœur est plus particulièrement porté par la femme celui des reins par l'homme. C'est donc la femme qui guide cette attraction, puisque dans l'idéal, c'est le cœur de la femme qui va faire grandir la conscience de l'humanité, l'homme devrait  en être le garant,  le soutien de cette énergie, de son entretien et de sa mise en forme. Dans la relation sexuelle, la femme veut élever les débats, connaître les fondements de la vie, la source qui dans la matière amène de la chaleur à son cœur et à son hypothalamus, à savoir l'impulsion du chi, mouvement puissant des flagelles des spermatozoïdes, transmise par voie externe masculine;  l' homme veut connaître les sommets de la conscience, l'initiation spirituelle par la voie interne féminine. Suivant cette logique, l'un ne peut aller sans l'autre, le spirituel ne peut  se dissocier de la sexualité et vice versa. Les séparer revient à les dénaturer, à les pervertir mutuellement. Chaque expérience pouvant devenir à ce titre un enrichissement personnel.  Tous les loupés, pannes, dérives en tout genre ne sont, par la négative, que des confirmations de cette quête manquée, d'où frustration, incompréhensions, amertumes. Certains préféreront des ersatz de cette expérience tout en sachant que ce ne sont que des illusions, plutôt que de ne rien vivre du tout. Ils veulent approcher, un tant soi peu, sans être dupe d'eux-mêmes, cette dimension d'un sentiment profond d'existence. Dans un long terme, s'ils sont répétés, ces vécus spirituels sans sexualité peuvent brûler la conscience, (folie , hystérie ou autre cancer) ou la débauche sexuelle sans référence à un développement de la conscience devient une perdition d'énergie suicidaire (dégoût de vivre, agressions défensives, attirance vers les bas fonds). Dans les deux situations, c'est une perte de sens.
La prostitution est bien sûr le meilleur exemple de cette duperie, de cette usurpation : la prostituée, qui sait allumer le feu, fait croire à une relation d'amour alors qu'il ne s'agit que d'une transaction financière, qu' elle est capable de faire payer très cher, tellement elle a faim de sécurité, pensant indûment qu'elle va, de cette manière, se grandir ; le client se prête au jeu, prêt à payer très cher cette illusion de reconnaissance tellement il a soif de cette complétude, pensant indûment qu'il va, de cette manière, atteindre cette aspiration élévatrice.

Il n'empêche que la puissante attraction de deux êtres est bien basée sur cette perception radicale que cette bipolarité, spirituelle et sexuelle, tellement fondamentale, serait intuitivement rendue possible. N'appelons pas « inconscient » ce qui est instinctif, il s'agit d'une pulsion inéluctable, d'une volonté de réalisation et d'épanouissement mutuel parce que notre Jing (énergie ancestrale) notre Shen (énergie de conscience) et notre Chi (énergie du mouvement) sont ainsi constitués, chaque être est propulsé depuis sa naissance vers l'accomplissement de sa maturation d'homme ou de femme. Synthèse de l'eau et du feu dont la combustion, vapeur élégante, élève le niveau de vie. La philosophie taoïste nous apprend à conduire cette pulsion de manière noble et mesurée. Elle apprend aussi à respecter la nature des choses : l'aimantation respective pour se grandir  mutuellement. C'est donc l'espoir, l'anticipation des possibles et la volonté d'un accomplissement qui crée cette attraction. Pourquoi cette personne là plus tôt qu'une autre? Les informations électriques et subtiles entre chaque être répondent à des interactions de correspondances. En ce moment là de la vie de chacun, les atomes ont suffisamment de croches et de demi- croches entre eux pour que la partition devienne harmonieuse, et que la musique s'entende au loin.



Le calme du cœur : préface du yin

Si le foie entraîne sa foi précipitamment et avec fougue, au moindre coup d'œil complice et si les deux cœurs s'échauffent au point d'en perdre la raison, le feu des passions risquent fort de tourner au feu de paille. La préface d'un livre donne beaucoup d'indications quant à la lecture du livre. Le yang du foie des deux partenaires mais de l'homme en particulier, devra s'assurer que les reins le suivent bien, c'est à dire la tranquillité et la force. Il devra donc au préalable faire retraite pour vérifier sa fidélité à lui-même, la cohérence de ses actions et de sa logique. S'il sent intérieurement qu'il ne se reconnaît pas dans une relation le cœur sera troublé, perturbé voire blessé ou humilié. Le déni d'une inadéquation n'apporte qu'embrouille et déstructuration. La paix mentale devient une condition sine-qua-non à la mise en place du feu tant désiré. Les deux partenaires ne peuvent faire l'économie de l'apaisement des cinq émotions essentielles (colère, exubérance, soucis, peur, chagrin), de la stabilité émotionnelle alors même qu'elle est bousculée, de la clarification de la pensée avant la symbiose fusionnelle. La confiance et la sérénité (l'eau) assureront la paix des cœurs  pour qu'ils puissent s'ouvrir dans un enthousiasme orgasmique (feu) dans une expansion exponentielle pour l'humanité (conjugaison de l'eau et du feu). On comprendra facilement que cette phase préalable de la rencontre, à l'heure où la « modernité » invite au « vite fait dans la précipitation » ou au « tout,  tout de suite,  consommable et jetable » est la plus difficile à atteindre. Le ralentissement de la respiration redonnera le pouvoir aux poumons, de calmer les esprits, et de réguler ces forces en présences, c'est aussi leur rôle. 



Du flirt du Yin au coup de foudre

On l'aura compris la relation intime demande beaucoup d'attention, de précaution,  de cadre entourant,  enveloppant et sécurisant pour que la puissance du yin puisse se développer. Savoir écouter le yin est un art très particulier. Loin d'être une faiblesse ou une vulnérabilité, avoir accès à ce qui semble le plus fragile de l'être et qui néanmoins s'avère être le plus créateur est le défi que nous propose la danse du yin ; du flirt, il est capable de déployer un coup de foudre.
La petite sensation des mains de la coiffeuse qui glisse sur le méridien vésicule biliaire, pendant le shampoing, va électriser tout le corps et faire fondre les plus vives tensions ; le film qui va rappeler la nostalgie d'une expérience de bonheur aura le pouvoir de faire vibrer une partie du cœur ; une musique, une vraie écoute et un profond regard peuvent faire pleurer parce que la beauté, en soi, anéantie  les raisons d'être méchant. Ce sont les trésors du yin. On touche à ce qui fait le moteur de la vie, le yin est là avant d'être yang. « Le mystère de la vie  doit rester dans les profondeurs, abrité et caché ; il ne doit jamais se monter à nu, sans le couvert et la protection du yang » (Su Wen). Ici encore, il n'est pas question « d'inconscient » mais seulement d'un potentiel de vie qui doit être protégé d'où les systèmes de défenses organiques et psychologiques absolument indispensables qui ont leurs fonctions et utilités. C’est donc une erreur de vouloir casser ces systèmes de défense que certains appellent carapaces.
C'est dans ces conditions environnementales confortables, à ce moment-là seulement, que le yin peut se déployer, se développer s'exprimer, en prenant une forme mentale et physique dans la relation amoureuse. Cette forme peut s'appeler « illumination ». La recherche ésotérique d'autres états de conscience, en quête d'un autre ailleurs, pour un extra-ordinaire pouvoir, se trompe quand  elle néglige cette base  et ce fondement de l'écoute du Yin : source de toute créativité. La magie de l'émergence de cette forme, qui vient dont on ne sait où, pour s'infiltrer dans notre conscience, pendant l'écoute du yin, serait bien, au fond, ce qui a conduit cette attraction aimante dans les deux sens du terme.

La fluidité du Ying invite le Yang à prendre le pouvoir


C'est lorsque l'homme va pouvoir écouter le yin de la femme qu'il va retrouver son yang. Et plus il l'écoute, plus il devient excité. Son activation va induire la cadence, donner le rythme, le tempo, la consistance à cet mouvement de vie, qui demande à prendre forme. Mais alors même que l'homme aura tendance à se précipiter pour aboutir à ce qui le pousse avec insistance et impatience, l'explosion de sa pulsion pour être, il devra ralentir pour attendre sa compagne et celle-ci alors même qu'elle voudra ralentir pour garder en suspens son ressentit de puissance de vie qu'elle voudrait garder dans la durée, elle devra accepter de lâcher le contrôle pour rejoindre son compagnon. Activation ou ralentissement de la respiration viendront, pour les deux partenaires, synchroniser cette expérience de vivre l'intensité de l'orgasme ensemble. Le chi, en tant que tel, est alors à l'honneur pour que la santé rejoigne la sexualité et la spiritualité. Indéniablement transformé chaque être ré-expérimente une autre phase yin où l'énergie pure produit son alchimie d'expansion, d'unification,  de gratification, nourrissant ainsi tous les organes pour une consolidation d'existence, sans que la volonté soit en action.

Outre le fait que chaque partenaire puisse considérer chaque relation sexuelle comme un révélateur de lui-même et comme une occasion de se parfaire, la  philosophie taoïste nous montre que la danse du Yin et du Yang devrait nous permettre de reconsidérer certains a-priori sur la place de chacun, masculin et féminin dans la conception de l'action,  de la santé et de la transformation spirituelle de la société...Le magnétisme aimant ! Un long chemin vers lequel on peut tendre avec tendresse,  sans rivalité, sans esprit de possession.

mercredi 22 mai 2019

Forces de l'Habitude et du Rituel



Forces de l'Habitude et du Rituel




La force de l'habitude est tellement quotidienne qu'on peut l'endosser comme un habit, une seconde nature. La force du rituel est tellement fascinante et attractive, qu'elle est partie intégrante de la vie humaine et intervient dans la plupart des circonstances de la vie, sous tous les méridiens culturels. Prenons le temps de  porter un regard taoïste sur ces deux forces, habitudes et rituels, qui vont sans doute bien au-delà des apparences. Il serait dommage en effet de négliger l'étude, l'observation rigoureuse des habitudes et des rituels auxquels on se soumet. Ils constituent le terreau de bien des comportements, de notre dynamique énergétique en devenir. Il est donc intéressant de s'arrêter sur ce qui peut les modifier.


Habitude
Selon la manière relative de voir les choses, chère aux taoïstes, les habitudes peuvent se situer sur le versant porteur d'une aide sécurisante ou sur le versant d'une certaine aliénation encombrante.
Sur le versant de la sécurisation, on ne se pose plus de questions, l'énergie de l'habitude, mise en œuvre dans l'action se trouve ainsi, ordonnée, mesurée, en donnant un repère sur lequel on s'appuie pour avancer, à force de la répéter, elle prend le relais du cerveau et de son registre parasympathique, et devient une sorte de réflexe conditionné. La répétition facilite les choses parce que l'on connaît l'effet, l'efficacité et le résultat attendu. A certains moments elle peut même s'inscrire dans un cycle saisonnier ou servir de repère pour de bons voisinages et entente sociale. Cette alliée de la volonté et de l'action s'assimile à une économie d'énergie, et un savoir-faire évident.

L’apprentissage, de quelque discipline que ce soit,  se soumet à la rigueur décapante de la répétition pour que le geste, la leçon, s’installe comme une habitude. A la question « comment percevoir l’énergie» ? Le maître en Chi Gong n’aura d’autres réponses que celle-ci : « pratique, pratique, pratique, et encore pratique…!» pour bien faire comprendre que la connaissance s'intègre par le corps. L’intuition qu'une évolution est possible par ce biais, même si elle se fait par pallier, donne la confiance pour s’engager pleinement dans une action déterminée et l'acceptation des efforts. L’épreuve de la constance est bien le préalable de l’habitude. Cette assimilation des données équivaut à la digestion et à l'ordonnancement de la rate et estomac.
Qu’il s’agisse des acquis intellectuels, nourriciers ou sociaux la rate et l’estomac vont faire valoir leurs fonctions : disséquer, décomposer, mélanger, assimiler les divers éléments pour enfin s’approprier les formes culturelles en une forme personnalisée propre et habituelle. Les habitudes sont des informations qualitatives que la rate et estomac apprécient particulièrement.
Mais pour peu que la rate soit en vide d’énergie, la peur du manque de nourriture va  induire la recherche de l’habitude plus que celle d’une ouverture à une alimentation variée : nouveaux produits, goûts différents, nouveaux échanges, nouvelles façons de faire, nouvelles façons de vivre. Le principe de vouloir rester sur ses acquis pourrait bien être le témoin de cette peur viscérale du vide et du manque, de perte de ses habitudes. La peur de l’inattendu, du nouveau, de l’étrange, de l’étranger font obstacle à la créativité. Refuser d’écouter cette donnée met en échec tout effort de transformation. L’habitude peut devenir un piège, un enferment obsessionnel. Toutes les addictions, jeux drogues, alcool, sexe, etc.… ne sont que le reflet externe d’une angoisse existentielle interne, la peur d'un grand vide du cœur et de la rate. A des degrés différents, l'habitude fonctionne comme un véritable rempart contre l'angoisse ; si elle n'existe plus, une panique indescriptible et incontrôlable prend le dessus. Cette  souffrance se manifeste dans les « troubles obsessionnels du comportement », l'autisme ou les grandes psychoses.
Pour peu que l’énergie soit en stagnation, l’habitude prend les couleurs de l’ennui, de la routine désabusée. L'habitude de gestes répétitifs pour combler un vide donnera l’illusion d’une sécurisation qui ne sera en fait qu’une aliénation de non-vie, une sorte d’inertie familiale, culturelle, sociale. Le brouhaha télévisuel qui s'invite à chaque repas, comme un antidote de l'ennui, n'est pas une preuve de communication et de dialogue entre les partenaires familiaux, ni d'un enrichissement intellectuel.
Pour peu que l'énergie de la rate estomac soit en excès, l'habitude prend la forme de l'arrogance et du mépris, de la suffisance, imbus d'un pouvoir improprement possédé, ne reconnaissant plus la richesse de la différence. La rate et l'estomac, forts de leurs stockages inconsidérés, méprisent l'équité et la distribution de l'énergie. Cette fonction noble et primordiale de cet organe est tout simplement détournée au détriment des autres organes. En correspondance avec cette rate individuelle qui se dilate, le collectif en pâtis : tout lien social qui devrait être solidaire, devient occasion d'asservissement de ceux qui ne sont pas dans ces habitudes auxquelles chacun devrait se soumettre.


Changer ses habitudes
Un autre piège de l’habitude serait de considérer celle-ci comme une donnée innée voire éternelle, alors que lepassage même confortable est toujours transitoire. Si elle est peut être considérée comme une force d’adaptation et de facilitation, elle doit rester à ce niveau. Elle s'avère opérante dans un contexte particulier. Une habitude se détruit d’elle-même si elle en reste au stade de l’habitude, elle se pervertit par la perte de sens. Elle doit sans cesse être remise en cause.  La transformation, la mobilisation de l’énergie, le mouvement frappent à la porte de la conscience vitale. L’habitude personnelle, familiale, sociale, tellement inscrite qu’elle devient force de loi, devrait bien se laisser interroger sur ses principes de support d'une évolution progressive ou d'un renforcement d’une aliénation. Qu'il s'agisse de l'habitude du dialogue sous ses différentes expressions, de l'habitude à supporter la souffrance ou la misère, de l'habitude de faire du zèle, de l'habitude du déni de la réalité, de l'habitude de tout changer à toute vitesse sans explications, de l'habitude de la plainte, du désespoir, de l’agressivité, de la violence, de la dépendance, tous ces « acquis » ne sont pas forcément des amis de la liberté, de la structuration d'une paix intérieure.
Quand les habitudes deviennent des éteignoirs, de vie, d'objectifs à atteindre quand profondément la conscience se sent prise au piège d'une non-conformité avec ce qu'elle devrait être, alors il est grand temps de les changer. Or ce sont précisément les habitudes qui manifestent le plus de réticence et de résistance à la transformation, d'autant que certaines remontent assez loin dans le temps, et plus on a tardé à les mettre en cause, plus elles sont tenaces. Le fait de savoir qu'une habitude ne convient plus, la raison, une fois éclairée, ne suffit pas à s'en détacher, tellement les tissus en sont imprégnés. Bien qu'elles ne se réduisent pas à une simple problématique d'habitude, la cigarette et la bouteille, le téléphone portable, le jeu, les faits et  gestes quotidiens séduisent tout autant, même après des prises de conscience d'une autodestruction.
Une réelle stratégie énergétique doit être mise en œuvre pour passer à autre chose. Certains points d'acupuncture et autre pharmacopée peuvent y aider. Changer une habitude par une autre ne convient pas (le tabac par la boulimie), tant que l'émotion initiale qui a induit cette habitude n'est pas touchée du doigt. Dans notre contexte occidental, on oublie trop la force du rituel comme élément de transformation.

L'acte initiatique  du rituel.
Comment cela est-il possible ? Paradoxalement, c'est sans doute par un rituel que le cœur, et donc tout l'être peut retrouver sa force de contrôle sur  les mauvaises habitudes que la rate a acquise. Le rituel ne peut être confondu à une habitude, il va bien au-delà. Ritualiser les habitudes permet de les transcender et de les transformer : « tout corps participant à une action cyclique prolongée et répétée se transmute en se purifiant » dans « le Corps Taoïste »Kristofer  Schipper prêtre Taoïste  
Un cadre, dans un endroit et un temps précis, rassemblant un petit nombre dans le but de déposer de mauvaises habitudes aliénantes, confère à ce regroupement de personnes, une énergie, une capacité thérapeutique en soi, dès lors que la règle du respect, du non jugement est codifiée.

La force du rituel rétablit un cadre sécurisant, qui permet à l'inconscient, à l'intime du cœur, de s'exprimer, et à une énergie nouvelle de s'instaurer. Le rituel fonctionne comme les reins qui portent les forces d’endurance, lieu d'épuration qui met en lumière le principe même de la vie. En lui-même, le rituel est porteur de renouveau.  Le rituel situé dans un contexte sacralise l'individuel et le collectif. Il officie une fonction de lien, lien entre les organes eux-mêmes, entre la personne et son entourage, entre le passé et le présent, entre le présent et son propre avenir, entre les ancêtres et les descendants, entre l'intérieur et l'extérieur, il relie la naissance et la mort, les points cardinaux et le tout. Il sécurise et donne la notion d'apprivoisements des forces qui nous dépassent. Le rituel permet de nommer des limites et de concentrer, tout en faisant circuler l'énergie et en la libérant, il nous fait rentrer dans un univers émotionnel particulier, comme le font les poumons dans la cage thoracique.

Dans ce cadre nécessaire, l'émotion perturbatrice va pouvoir se laisser vivre pour être portée vers sa mutation, et l'énergie vitale va ainsi  pouvoir reprendre tous ses droits, retrouver  toute sa force d'expression. L'utilisation des symboles amplifie et signifie la prise en compte de la souffrance. Ce cadre sécurisant permet aussi d'accueillir l’émergence de l’énergie dans sa pureté. Cette énergie issue des profondeurs, vient dont on ne sait où... de l'inconscient pour certains, des dieux pour d'autres. Elle devient « miracle », ou « révélation », une  sorte de grande illumination, faute de pouvoir expliquer la force de cette énergie, tellement la concentration d'énergie puissante peut être guérissante. Elle peut même se traduire par de l’écriture médiumnique et spontanée, de la transe ou une manifestation onirique comme une véritable inspiration. Cet espace prend le caractère d'une aire sacrée du fait de cette intensité.

 Le symbole et la force du symbole, dans ce cadre, donne forme à une nouvelle réalité un sens, un sens porté à sa densité extrême. Le rituel est l’art de la forme. Plus le rituel sera complet, c'est à dire pouvant regrouper des moyens d'expressions variées tels que  danses spontanées, musiques, images, la peinture, le dessin, l'argile ou autre support, mais aussi des pratiques corporelles orchestrées, Chi Gong, Tai Chi, massage et magnétisme Taoïste ainsi que des manifestations des souffles par des chants ou vocalises spécifiques, théâtralisations symboliques, plus son effet sera puissant et durable. La déposition d'un mal-être dans ce contexte collectif du rituel, laisse place à cette énergie qui touche et émeut profondément le cœur et les reins. La conscience d'appartenir à un « ensemble », dans une connivence sociale réunifie le corps et le corps social. Œuvrer à son perfectionnement par une action consciente et pertinente, dans un cadre spécifiquement élaboré pour cela, ennoblit le cœur. C'est en ce sens que le rite du passage prend toute sa valeur, le passage d'un état de moribond à celui d'un être un peu plus joyeux, léger et rayonnant, donc un peu plus conscient de sa place. Le corps ainsi unifié en son microcosme rejoint l'harmonie du cosmos, macrocosme, la culture de soi dans le sens de l’ordre cosmique. C'est sans doute pour cela que les temples sont si fédérateurs d'une communauté. Mais s'est aussi par ce caractère commun et universel à tout être que les temples ne peuvent être la propriété de quelques-uns au bénéfice d'un dieu... recevant pour le coup, des offrandes biens humaines... L'habitude de l'appropriation mercantile du rituel peut malheureusement lui en faire perdre le sens !